Ombres amères du passé, sang versé du présent

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Ombres amères du passé, sang versé du présent

Message  Engar le Dim 06 Jan 2013, 00:47

La guerre...

C'était ce que je faisais de mieux, non seulement parce que j'aimais et savait me battre, mais aussi parce que j'en connaissais, même sans être un grand stratège, les dessous et les vérités et les plus sordides. Sans même avoir mené une armée de grande envergure je avisas quelle manoeuvre pouvait provoquer la victoire ou la défaite d'un des partis. Les atrocités qui y étaient commises ne me répugnaient pas et j'étais moi même prêt à les commettre, j'étais donc presque l'individu idéal pour y prendre part. Cela Shrivei l'avait comprit en venant me récupérer au cercle d'invocation après que Yeager m'ait tué. Je ne blâmais pas ce dernier directement, quelque part au vu de la situation son acte pouvait paraître justifié, irréfléchi, mais justifié, en conséquence bien que ma supérieure m'ait proposé de porte plainte à on égard je m'en abstins... En vérité je comptais bien tout de même régler mes comptes, mais pas de cette manière, ce n'était pas mon genre... Et de toute façon je n’étais pas celui plaindre, c'était Felina qui l'était, et par ma faute. Cependant je ne laissais pas l'amertume m'envahir, il était temps d'agir,même si pour l'instant cela serait par la parole. Quoi qu'il en soit ma supérieure m'avait ramené mes affaire et ensuite amené devant quelques uns des officiers de la garde dont des individus encore plus gradés qu'elle et auxquels elle me présenta. Je savais ce qu'elle voulait que je leur fasse part de mes connaissances martiales, de mes expériences, qu'il s'agisse de celles de simple guerrier ou d’anciens chasseurs de créatures afin de cerner les faiblesses et les forces des deux partis, mais aux simples regards qui accueillirent ma venue je compris que c’était perdu d'avance...

Je n’étais qu'un humain, ancien tueur de montres et soupçonné de viol, pourquoi m'écouterait on ? Mon interlocuteurs firent donc fi de mes propositions des déploiements que je proposais au travers du donjon, des formations à appliquer, des manoeuvres à mettre en place en cas de sortie. Rien de tout cela ne fut retenu par qui que ce soit, juste par simple mépris à mon égard et une fois que j'eus parlé on me congédia avec un air important, tout en sachant très bien qu'on m'oublierait dans la minute qui suivait... Shrivei aussi n’avait pas été dupe et elle était clairement plus furibonde que moi, la nonchalance des officiers l'agaçait au plus haut point car ces derniers se reposaient uniquement sur les décisions du triumvirat et sur les capacités innées des habitants du donjon qu'ils ne cherchaient même pas à organiser contrairement aux ennemis qui leur faisait face. Pendant plusieurs minutes elle tint des propos virulents à l'égard de ses propres supérieur et j’avais beau la voir régulièrement furibonde c'était la première fois qu'elle l'était avec une telle intensité, mais à vrai dire... mon esprit était un peu ailleurs. D'une part parce que je ne pouvais m’empêcher de songer à Felina ainsi qu'à Kumie, tout en sachant pertinemment qu'il serait plus que mal venu d’aller à leur rencontre, mais aussi au rôle que je tiendrai dans cette guerre, j'allais défendre le donjon ça c'était certain, malgré la manipulation dont j’avais été victime de la part de Shiru et le meurtre qu'un de ses habitants avait commis à son encontre je me devais de le protéger. Non pas pour ce qu'il était ou même la majorité des gens qui y vivaient, mais juste pour Felina, Kumie, Shkeil et même Shrivei... Cette dernière d'ailleurs finit par se calmer et me dit qu'elle allait s'assurer de l'évolution de la mise en place des défenses à l'entrée. j'aurai dû la suivre en toute logique... Mais si j’allais me battre ce n'était pas selon les règles du donjon, mais selon les miennes et en conséquence je considérai vain que de me rendre en bas avant l'assaut, si c’était pour demeurer dans une ambiance de stress et d'angoisse sans que rien ne soit fait... Très peu pour moi...

J'étais au deuxième étage et en conséquence... Ce fut tout naturellement , qu’après le départ de ma supérieure, mes pas me menèrent jusqu'à la taverne la plus proche. A mon grand plaisir cette dernière était abandonnée par les clients, mais aussi son propriétaire, qui avait dû aller chercher refuge auprès des gardes, mais en laissant derrière lui nombre de bouteilles, dont certaines de mon pêché mignon. Le whisky... Je pouvais donc consommer sans craindre le moindre regard indiscret ou la moindre remarque désobligeante, ça éviterait les incidents... Par ailleurs certes, il m’était désormais vain de boire pour retenir mon démon mais certaines habitudes ont la vie dure et j'avais fini par y prendre du plaisir, qui plus est... Je comptais en profiter pour faire le point posément, ce que je n’avais pas eu le temps de faire jusqu'alors. Lorsque j’avais ressuscité j’avais passé mon temps libre à discuter avec Shrivei de la situation et à m'y préparer ensuite enfermé dans mon propre esprit la réflexion m'était un peu ardu et enfin j’avais jusqu’alors tendu mon esprit dans le but de réfléchir à ce qui devait être fait dans cette guerre... Maintenant je me permettais de me détendre un peu et ce fut donc sans vergogne, ni même une pensée pour le propriétaire du bar, que je passais par dessus ce dernier afin de saisir une des bouteilles que présentait l’étage et commencer à la boire au goulot. Certain pourraient penser que je me saoulais.... Il en faudrait bien plus pour cela, c’était juste une sorte de préparation à la tourmente à venir...

Cependant à peine avais je bu deux gorgées que j'entendis quelqu'un entrer dans le bar. Par réflexe je déposais alors sèchement la bouteille et portais mes mains à mes armes.... Jusqu'alors marcher avec Shrivei m'avait assuré une espèce de protection, mais il m’avait suffit de croiser le regard des passants pour comprendre leur ressentiments à mon égard, pour eux il fallait que je meurt, ou que tout du moins je souffre autant que possible pour l'acte que j’avais commis à leurs yeux, bien sûr le seul coupable était mon démon, mais j’étais un humain et par conséquence ils n'avaient cure de ce genre de détails, la foule ne demandai que rarement la vérité, elle voulait juste un coupable, en cela les monstres et les humains se ressemblaient...

*Oho on dirait que tu as de la visite ! Ça risque d'être intéressant !*

*Tu as d’autres commentaires inutiles de ce genre à fai...*

Et alors que je me retournais, les mains sur les gardes de me épées et dissimuler par le comptoir, je m'interrompis dans le message que j'adressais au démon en reconnaissant la silhouette qui se découpait dans l'entrée de la taverne. Je m'étais attendu à ce que ce soit une créature ordinaire, un inconnu qui m’aurait cherché querelle et qui en cela aurait distrait le démon, mais non...

Effectivement cette visite promettait d'être intéressante, peut être même plus que le sous entendait le démon.
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Re: Ombres amères du passé, sang versé du présent

Message  Invité le Dim 06 Jan 2013, 11:04

Mort, sang, pulsion, peine, souffrance, perversion, ruse, manipulation, caprice, douleur, mort...

Un non-sens. Une tragédie aux multiples formes se répétant sans cesse, telle un ruban de Möbius. Tel un serpent se mordant la queue, ne comprenant pas qu'il se dévore lui-même. Un cercle pervers aux apparences infinies, dicté par une conscience inconsciente et folle, ou s'abreuvant simplement de l'aléatoirité même... Qui sait? Qui pouvait savoir? Qui pouvait apporter une réponse? Cela faisait beaucoup à supporter.. Le destin des êtres vivants était-il donc le même pour tous? Oui, indéniablement, mais au delà de la simple 'évaporation mentale', de la dégradation corporelle dans l'inanition... Était-il le même? Est-ce que chacun était obligé d'arracher aux autres ce que les autres arrachaient? Pourquoi donner le meilleur de nous-même pour forger un enfer sans nom? Se consumer plus rapidement? Ressentir la douleur des flammes et faire souffrir les autres? Y avait-il au moins une réponse?

C'était trop compliqué pour elle. Il se passait trop de choses à la fois. Trop à encaisser, trop à supporter, trop à réfléchir. Ses problèmes, les problèmes des autres, la douleur... Que faire? Fermer les yeux? Se boucher les oreilles? Effacer sa mémoire, devenir une créature amorphe dénuée de sentiments? Dénuée de pensée? Elle était... désemparée, confuse. Le sort. Le destin. La fatalité. Tout s'acharnait sans temps mort, affligeant chacun cruellement et sans la moindre pitié. Les existences tragiques se suivaient et ne se ressemblaient que trop souvent.

Shkeil. Eckett. Brïmm. Sélèna. Theorem. Même l'Overlord, ce démon qu'elle détestait tant. Bien sûr, l'humain Engar et... Félina.

Elle n'imaginait pas une seule seconde ce qu'avait été la souffrance de son amie lorsque 'l'expédition' était revenue. Mal gré leurs retrouvailles, mal gré les moments à nouveau passés ensemble... Elle n'avait pas su être là au bon moment. Brillant par son absence, elle n'était pas aux côtés de son amie lorsque la terrible, affreuse révélation était tombée. Non, elle se confrontait avec son passé, s'isolant pour, pensait-elle, ne pas gêner les autres. Au final, tout n'était qu'égoïsme pur et simple, et c'était ce même égoïsme qui l'avait empêché d'être aux côtés de Félina. Inutile de dire qu'elle avait été abasourdie, choquée d'entendre ce qu'il s'était passé, atterrée par les faits et les détails sordides dont même elle, avec son côté sadique, aurait été à mille lieux d'imaginer. Depuis ce jour 'fatidique' où elle l'avait entre-aperçue de loin, elle ne l'avait pas revue. Elle ne lui avait pas reparlé. Tout ça parce qu'elle... était faible.

La lueur de la torche accrochée au mur au dessus de sa tête faiblissait. Et pourtant, elle poursuivait sa fonction première, sans se plaindre, illuminant le couloir en cet endroit silencieusement. Cette petite torche qui se consumait sans cesse ne disait rien.. Œuvrant inlassablement, encore et encore. Parfois, elle venait à s'éteindre, mais à chaque fois, on la rallumait, et elle brillait de plus belle. C'était... admirable.

Faible. Peur. Elle n'avait pas pu revoir son amie. Elle n'avait pas voulu. Pourtant, c'étaient dans ces moments-là que Félina avait le plus besoin d'elle, mais la lamia n'aurait pas su quoi dire. N'aurait pas su quoi faire. N'aurait pas su la consoler. Il n'y avait rien qu'elle ne pouvait accomplir pour changer les choses! Ne rien pouvoir faire face aux obstacles, aux imprévus, c'était ça, être faible! Et cet état de fait provoquait la peur, simplement! La peur d'être faible, la peur d'être de nouveau faible, la peur d'avoir été faible! La lamia pouvait tuer sans réfléchir, chasser sans état d'âme, mais émotionnellement, elle n'était rien! En cet instant présent, elle n'avait rien, ne possédait rien lui permettant de surmonter une telle difficulté! Elle était son propre problème, et face aux autres, elle n'était qu'insignifiante. Non, c'était pire que cela: elle était détestable.

Détestable de ne pas avoir été là pour elle, de ne pas avoir tenue la promesse, de ne pas avoir respecté le pacte, d'être aussi égoïste. Oui, pour tout cela, elle était détestable.

Si son peuple existait encore, elle serait incontestablement la risée de ce dernier. Elle, la chasseresse 'Arlÿnne' aux débuts fascinants et qui tombait aussi bas... C'en était tellement pitoyable que cela en devenait drôle.

Reprenant sa route, pensive et attristée, elle déambulait dans les couloirs du donjon, ne se souvenant déjà plus vraiment de ce qu'elle venait y faire... Les forces du donjon Naviento attaquaient, et s'étaient emparées des remparts, c'était tout ce dont elle se souvenait. Elle n'arrivait même pas à comprendre comment la détresse de son amie et ses malheurs pouvaient prendre le pas sur une attaque aussi massive, où beaucoup de personnes risquaient d'y perdre la vie. Dont les proches de Félina. Voir cette dernière...

C'était stupide. Elle cherchait des réponses, espérant avoir la révélation qui lui permettrait d'y voir plus clair, comme si quelqu'un allait lui souffler 'la vérité' au creux de l'oreille.. Mais elle n'allait rien obtenir ainsi, rien d'argumenté, de révélateur, aucune 'lumière' soudaine. Elle ne pouvait pas inventer de réponses compliquées, logiques, et raisonnées par elle-même. Non, elle n'en était pas capable. Des réponses qui répondraient à toutes ses questions, même les plus difficiles, les plus improbables. Tout ce qu'elle avait, c'étaient des réponses faciles. Évidentes. Où la réfléxion n'avait pas besoin d'être. Des réponses acquises qu'elle croyait suivre depuis le début, alors qu'en réalité... Son engagement était ténu.


*Je suis faible.*

Oui, elle l'était. Attristée par le sort qui affligeait Félina et ses proches, elle découvrait plus que jamais cette part de faiblesse qui résidait en elle, cette part de volonté manquante. De la peine. De la douleur. La sensation de ne pas mériter sa 'place' à ses côtés, celle de ne pas pouvoir lui venir en aide. Impuissance.

*Je suis égoïste.*

Oui, elle l'était. Ses propres problèmes étaient omniprésents, ceux de ses proches d'avantage.. Et le reste n'avait pas d'importance. Cet égocentrisme prépondérable causait sa perte au fil du temps, et l'aveuglait au plus haut point.

*Les humains sont responsables.*

Oui, ils l'étaient. Ils avaient anéantis le peuple d'Echidna. Ils avaient massacrés la famille de Félina. Commis les pires horreurs imaginables. Ils chassaient les monstres, les torturaient, volaient leurs trésors, détruisaient leurs terres, pillaient leurs demeures. Ils étaient responsables, à tous les points de vue.

*Les humains doivent...*

Silence. Dans la lueur des torches murales, une ombre furtive dans l'entrecroisement de deux couloirs. Serenna cru rêver pendant un dixième de seconde, mais les bruits de pas, eux, n'avaient rien d'irréels.

« Félina? »

Se rapprochant rapidement, avec une hâte non dissimulée, la lamia tomba rapidement sur deux soldats pressés de rejoindre le front, ces derniers manquant de la bousculer. Dans sa précipitation, elle n'avait même pas remarqué que les pas se rapprochaient au lieu de s'éloigner comme elle l'imaginait. L'un d'eux s'exprima mal gré son souffle coupé, avec un ton qui tonnait le reproche à n'en pas douter...

« Reste pas dans le chemin! Le donjon est attaqué je te rappelle, alors ne nous gêne pas! »

Rien de plus, rien de moins: il était déjà partit. C'est vrai, l'attaque... Les murs qui en tremblaient, ou presque.. Mais Félina? La lamia jeta un œil, voyant les couloirs vides de toute vie... Avait-elle rêvé? La culpabilité qui la rongeait était-elle forte au point de lui donner des hallucinations? Non, elle était presque sûre de l'avoir vue, au détour de ce couloir. Elle devait en avoir le cœur net, c'était peut être sa seule et unique chance de lui parler, pendant qu'elle pensait en avoir la force. Pendant que l'ennemi était encore aux portes. Pendant que le donjon était encore debout. La lamia commença à examiner chaque pièce de l'étage l'une après l'autre, appelant Félina à chaque fois, au cas où cette dernière y serait présente mais dissimulée pour une quelconque raison. Une salle, deux salles, trois... Serenna ne se décourageait pas. Elle ne se souvenait toujours pas de la raison de sa présence à cet étage, mais une chose était sûre: elle était là pour participer à la bataille contre les Naviento. Et il y avait des chances qu'elle y laisse la vie. Elle voulait juste parler avec son amie une dernière fois... C'était sa priorité, avant même le donjon.

De la bibliothèque en passant par l'école et les boutiques, la lamia ne laissait rien au hasard, allant d'un endroit à un autre non sans avoir regardé minutieusement, et interpellé son amie. Elle était là, c'était sûr et certain, à cet étage. Sa recherche la menait à la taverne du donjon, endroit peu prisé de la lamia et qui avait peu de chance d'abriter Félina, mais elle devait quand même y jeter un œil. Pénétrant dans la taverne, Serenna se figea avant même d'avoir pu lâcher le moindre mot, les lèvres entrouvertes, immobiles. 'Il' était là.

Son amie n'était pas là. Mais 'lui', oui. 'Lui' était présent, demeurant de l'autre côté du comptoir, à boire de l'alcool. Visiblement, il était seul: pas de barman, pas de client. Autrement dit, il se servait gratuitement, buvant au goulot sans remord apparent. Le silence qui régnait d'un coup marquait bien la surprise qui découlait de cette rencontre soudaine, imprévue et qui tombait au plus mauvais moment. Pour des 'retrouvailles', il était bien difficile de faire pire. Sauf peut être en hurlant et en se ruant sur lui?




« Engaaar!!! »

Dans un fracas d'enfer, qui n'était pas sans rappeler un début d'apocalypse -ou un assaut par les armes?- la lamia se rua en direction de l'individu, bousculant, écrasant et brisant multiples chaises peu solides et envoyant valdinguer les plus résistantes. Les tables, plus lourdes, furent simplement écartées, ne pouvant de toute façon pas contenir une Serenna courroucée. Nul doute qu'elle se faisait mal dans cette opération soudaine -et imprévue-, mais cela ne semblait guère la ralentir. Sa voix, d'habitude douce et sensuelle, n'avait rien d'agréable: elle avait crié son nom avec un soupçon de rage non dissimulable, exprimant de façon plutôt claire son ressenti à son égard.

Exit les manières doucereuses et les gestes lents. Il n'était plus question de délicatesse ici, et l'humain devait s'en rendre compte, rien qu'à voir une lamia furieuse se ruer sur lui sans crier gare. En moins de quelques secondes à peine, elle était sur lui, passant par dessus le comptoir sans majeur difficulté, tout juste armée d'un bout de bois brisé en forme de pieu, récupéré à la va-vite parmi tous les morceaux de chaises qui virevoltaient sur son brusque passage. Levant le bras, prête à frapper en servant de son élan, sans même user de la moindre garde la plus élémentaire, elle semblait particulièrement déterminée à lui planter son arme improvisée n'importe où, du moment que la blessure était mortelle, ou alors, terriblement incapacitante.

Mais le geste nihiliste de la lamia fut suspendu, cette dernière s'arrêtant avant même de porter le moindre coup, à quelques centimètres de lui. Elle s'était clairement retenue au dernier moment, par un miracle improbable, ou une grande force d'esprit. Mais ce mouvement arrêté en pleine lancée pouvait être continué, et il était évident que l'humain avait déjà réagit, prenant les mesures nécessaires pour se défendre, comme sortir ses lames ou se mettre en garde... Cela aurait étonnant qu'il n'en fasse rien, mais la lamia ne l'avait pas revu depuis la salle des tortures, alors il était plutôt difficile de dire ce qu'il était advenu. Le toisant de son regard or avec une tête de hauteur en plus comparé à lui, elle était à mi-chemin entre la colère et la rage, apparemment prête à laisser parler son instinct animal le plus bas même si c'était loin de lui plaire...


« Fé... Félina.. »

Pour un peu, elle s'en mordrait la lèvre, grincerait des dents et sifflerait de sa langue, formulant une menace de mort bien caractéristique. Mais elle n'en faisait rien.

« ... Toi et tes semblables... Tous autant que vous êtes... »

Impossible de se contrôler. C'était la première fois qu'elle explosait ainsi, laissant ses émotions parler à sa place même si c'était loin d'être la meilleure chose à faire.. La colère n'allait vraiment pas à son visage d'habitude si doux, et elle ne se reconnaîtrait sûrement pas dans un miroir. Où était son caractère fier et d'apparence calme? Ses gestes calculés et sa façon de parler si agréable? Imprudente, elle n'était qu'une masse d'émotions nerveuses et désordonnées, dotée d'un corps amplement destructeur mais qui n'était pas sans failles. Être si proche de son adversaire, sans la moindre garde, sans la moindre précaution, d'autant plus que ce dernier était expérimenté et avait sûrement eu affaire à plus forte qu'elle... C'était fortement désavantageux pour elle, n'aurait-elle pas du profiter de son attaque surprise pour en finir rapidement?

Pourquoi s'était-elle arrêtée? Parce qu'Engar était l'ami de Félina? Parce qu'elle ne pouvait pas simplement le tuer ainsi? Qu'est-ce qui la retenait? La gênait? Seule la lamia avait réponse à cette question, mais était-ce utile d'en dire d'avantage? Avec une situation aussi tendue, aussi soudaine, il y avait de grandes chances que ni l'un ni l'autre n'ait droit à des explications...

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Re: Ombres amères du passé, sang versé du présent

Message  Engar le Dim 06 Jan 2013, 18:43

La silhouette que j'apercevais ne laissait aucun doute sur l'identité de l'ingénue. Je connaissais peu de lamia qui aurait pu avoir intérêt à connaitre mon nom, et même si je ne lui avais pas dit, il n'était pas surprenant qu'elle se soit infirmé à ce sujet, même si ça n’avait pas été réciproque. Ainsi celle qui me faisait face était la lamia à la peau bleu que j’avais rencontré dans la salle de torture, Je ne savais plus combien de temps cela faisait précisément, mais je me souvenais de notre rencontre... Tout simplement parce qu'un monstre qui haïssait mon espèce m'avait pardonne, même si cela lui en avait visiblement coûte, ce qui avait été une excellente chose. Cependant cela n'enlevait rien à la surprise que j’éprouvais de la revoir ici, qu'est ce qui avait bien pu l'amener dans cette taverne, alors que je l'y avais jamais vu par avant ? C'était d’autant plus curieux au vu des circonstances, je pensais être le seul inconscient à pouvoir et vouloir venir dans une taverne vide afin de profiter un peu de la situation alors quel e donjon était dans un état de guerre... Comme quoi ce n’était pas une bonne chose de se reposer sur des estimations, sous prétextes qu'elles étaient certaines.

Cependant je n'eus pas le temps de philosopher à ce sujet qu'elle s'élança vers moi à une vitesse impressionnante pour un être se mouvant par reptation, repoussant avec violence tout ce qui se trouvait sur son passage, ce qui ne fut pas sans me rappeler sa sortie mouvementée de la salle de torture. Dans le même temps elle poussa un cri d'une telle intensité qu'il rivalisait aisément avec ceux que je poussais au coeur d'une bataille, ce qui n’était pas rien, et dont la signification ne laissait aucun doute quant au fait que ce n'était pas les bouteilles d'alcool qu'elle cherchait à atteindre avec une telle volonté mais bien moi, et ça ne présageait rien de bon pour ma part. La confrontation me parut en tout cas inévitable à partir du moment où je l'avais vu saisir une esquille de bois qui ne pouvait servir qu'en tant qu'arme, ne laissant plus aucun doute quant à ses intentions à mon égard. Cependant rien de tout cela m'inquiéta. Oui elle était rapide, mais à l'observer je savais que je l'étais désormais autant qu'elle. Elle était forte, mais je rivalisais facilement avec elle. Elle avait une arme improvisée, mais j'avais les miennes, prêtes depuis longtemps et bien plus efficaces. Elle était emplie de rage, mais je maîtrisais mieux cette dernière qu'elle. Elle était une chasseresse, j'étais un guerrier.

Elle était habitué à tuer et savait comment s'y prendre, mais avec des proies. Moi, mais je ne savais pas uniquement comment tuer, je savais aussi me battre contre quelques individus que ce soit et dans ce domaine j’avais, sans prétention atteint un niveau correct, suffisant en tout cas pour que, même quand j’avais encore des capacités "juste" humaine, je parvienne à terrasser des êtres en théorie et de par leurs capacités physiques bien plus redoutables que le simple humain que j'étais. Qui plus est sa gestuelle, alors qu'elle me chargeait dessus, me laissait deviner quelque peu la manière dont elle se battrait, et qui n’était pas sans me rappeler la manière particulièrement brutale et bestiale qu'avaient les bêtes infernales pour assaillir leur proie, mais je gardais quand même à l'esprit qu'elle était bien plus maligne ces êtres. Au final même la situation m’était favorable, certes elle avait l'initiative, mais en plus du fait que cela me permettait d'analyser un peu sa gestuelle cela me permettait de conserver ma position derrière le comptoir, un espace restreint où elle serait handicapée avec sa large queue de serpent, qui plus est je connaissais bien les lieux. Cependant je ne la sous-estimais pas, l'issue de ce combat ne dépendrait pas uniquement d'elle, mais aussi de mes actes, or je savais que les talents martiaux étaient loin d'être une constante e qu'aussi habile qu'on soit la moindre erreur ou inadvertance éprouvait être fatale. J'avais conscience de cela et en conséquence je ne commettais jamais l’erreur de ne pas donner le meilleur de moi même juste sous prétexte que mon adversaire ne valait pas la peine que je m'épuise pour lui. Qui plus elle pouvait me dissimuler certaine choses, comme moi je lui dissimulais l'atout résidant dans l'aura de mon démon.

Et présentement faire au mieux présentement me parus être de prendre mes appuis derrière de bar, mais sans exhiber mes lames, le gardant pointées vers le bas,mais prêt à m'en servir afin de pouvoir surprendre la lamia. Elle ne tarda pas à passer le dernier rempart qu'était le bar, me frorçant à) me plaquer au mur pour ne pas me retrouver écrasé sous elle, et me surplombant ainsi elle amorça son coup tout en s'exposant pleinement, elle était réellement uniquement animée par le désir de tuer et semblait se moquer de sa propre mort, en conséquence je ne pris pas le risque de me contenter de profiter de son manque de défense et me préparer à dévier le coup tout en ripostant, afin d'éviter de recevoir une sale blessure, voir de mourir stupidement. pour cela j'allais au devant de son assaut, avançant une de mes jambes vers et tendit mon bras sur le coté de manière à ce qu'il percute le sien, celui armé, et dévie son coup, tandis que ma lame, tel le prolongement de mon membre qu'elle devait être selon les maîtres d'armes se plaisant dans le métaphores entaillait superficiellement mon épaule. Je profitais également de la détente de mes jambes afin de donner d'autant plus de force à la frappe que j’exécutais avec ma seconde lame, tentant avec cette dernière d’exécuter une estoc visant sa gorge, ce qui me forçait à tendre le bras vers le haut au vu de sa taille. C’était un coup mortel et précis si je le menais à bout, mais dans le même temps, afin de ne rien laisser ua hasard par la suite si elle survivait l'aura de mon démon qui entoura mon corps de fin ruban noir qui se mouvait autour de moi quand je n'y songeais pas, mais que je parvenais désormais à faire se mouvoir selon ma volonté. L'infernal par ailleurs hurlait dans mon esprit des remarques railleuses, lui aussi reconnaissant la lamia que j'avais aidé, mais je faisais fi de ses paroles, entièrement dédié que j'étais à ce combat...

Et c'est ce qui me permit de me rendre compte que quelque chose n'allait pas... Quand je déviais son bras ce dernier s'était déjà arrêté, sans que j'en comprenne la raison et le fait que mon opposant s'arrête ainsi me perturba suffisamment pour que je fasses de même, arrêtant la pointe de ma lame à environ deux pouces de sa gorge. Elle siffla entre es dents un nom qui ne m’était que trop familier... Felina... Il m’avait bien semblé qu'elle avait été perturbé la dernière fois quand j'avais évoqué ce prénom, elle la connaissait donc forcément. Etat ce pour me faire payer mon échec qu'elle agissait ainsi ? Peut être, mais je m'en moquais, à moins que la panthère ne le lui ai demandait expressément j’estimais qu'elle n’avait pas à rendre ainsi la "justice", d'autant plus que quelqu’un l’avait déjà fait à sa place en me tuant... J’étais bien décidé à ne pas laisser cela recommencer, d’autant plus que cela n'avait nullement plu à la principale intéressée... Elle évoqua ensuite mes semblables, c’était donc également par simple haine à l'égard des miens qu'elle agissait. Moi qui avait cru pouvoir la faire changer d’opinion je dus m’avouer un peu déçu... Mais je me ressaisis malgré cela plus rapidement qu'elle, sans doute d par mon expérience combattante, néanmoins je n'en profitais pas pour mettre un terme au combat en la tuant. Non pas que j'aurai des regrets à cela, après tout elle m'avait agressé en première, je ne serai même pas désolé... Mais ça risquait de m'attirer de ennuis et au vu du procès qui m’attendait il valait mieux que j'évite cela.

Par conséquence je lâchais mes armes, mais pas pour abandonner le combat, juste le mener d'une manière un peu moins sanglante que d'habitude, ainsi à peine le métal frappa t-il le plancher de la taverne que je m'avançais encore vers plaquant mon épaule violemment sur son ventre, attrapant son épaule d'une main et le bord de sa hanche, à l’endroit où commençait sa queue reptilienne, de l'autre. J’avais appris à faire cela lors des divers rixes auxquels j'avais participé et où les combats étaient interdit, c'étaient quelque chose d'un peu brutal en soit et peu raffinés, mais au moins c'était efficace et lui laisserait normalement la vie sauve, si elle se montrait cependant plus robuste que ceux à qui ce mouvement avait déjà brisé la nuque. Sur ce sujet je n’avais aucun doute et ainsi je continuais mon mouvement pivotant sur moi même et usant des appuis que j'avais sur son corps afin de la projeté sur l'étalage des bouteilles, tête la première, remerciant dans le même temps la force que me conférait l'énergie du démon et l'expérience de Franken Fran au vu du poids qu'elle faisait. Bien sur les étagères cédèrent sous l’impact et de nombreuses bouteilles furent brisés, répandant les liqueurs sur le sol, c’était une véritable pitié que cela, mais également sur mon opposante. C’était par ailleurs la seule chose dont j'étais sûr concernant son état, l'amas de bois m’empêchant de distingue exactement de quoi il en retournait, était elle inconsciente ? Blessé? Ou lui faudrait il que quelques secondes pour se ressaisir ? Dans tout les cas je récupérais, en me courbant brièvement, mes armes puis me redressais pour lui faire face.

*Achève là c'est le moment ! tu peux t'en débarrasser facilement ! Elle est tellement faible que ce combat ne présente même pas d’intérêt pour toi.*

Je fis fi de ses paroles et me contentais de m'adresser, sans même l’apercevoir distinctement, à la lamia

"Tu peux haïr les miens pour ce qu'ils ont fait, e suis bien placé pour savoir quelles atrocités ils ont pu commettre, et auxquelles j'ai pu participer, mais ce que je n'ai pas dit la dernière fois c'est que les créatures sont aussi capables de commettre des atrocités,et je le sais tout aussi bien..."

Je me reculais d'un pas afin de m'adosser au comptoir l'air un peu nonchalant, alors que j'usais de mon aura, jusqu’alors n'ayant servis à rien, pour saisir une torche et la ramener vers moi, pendant ce temps je repris la parole.

"Quant à Felina... Si tu t'en prends à moi avec un motif un peu plus concret que mes origines et la concernant je désire avant entendre le pourquoi... Même si je me doute que c'est en rapport avec la mort de sa famille, les nouvelles vont vite dans le donjon et désolé de te l'annoncer si rudement si tu l'ignorais. Si ce n’était pas le cas et si tu m'as agressé effectivement pour cela et bien... Avant de me haïr demande toi si tu aurais, toi été capable de les sauver."

Je me mit ensuite dans une garde, un peu plus martiale qu'avant, tenant une de mes lames à hauteur de mon bassin, l'autre devant mon visage. Je doutais que cette situation se règle avec des paroles, mais je me permis de conclure mes dires. dans mon esprit le démon s'agitait , m’exhortant à la tuer, mais je ne l'écoutais même pas, quand j'évoquais ma soeur il n 'avait pas de place dans mon attention...

"Mais si tu tiens tant que ça à t'en prendre à moi, sache que je ne te laisserai pas faire, car j'ai pour seul désir en ce jour de voir sourire Felina... Enfin puisque tu connais mon nom accepteras tu de me dire le tien ?"

... Je m'en étais déjà rendu compte depuis un certain temps, puisque que Kumie me rejetterait probablement suite à ce qui s’était passé il ne me restait plus qu'elle et ne pouvant plus me permettre de traquer le démon son bonheur était devenu mon seul objectif concret... A la lamie de comprendre ce que je voulais signifier par là... Et ce fut seulement à cet instant que je rendis compte du ridicule de la situation si ma précédente action l'avait assommée, comme elle l'aurait fait avec nombre d’indivis de constitution ordinaire...
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Re: Ombres amères du passé, sang versé du présent

Message  Invité le Lun 07 Jan 2013, 06:50

Tout se bousculait dans sa tête, tout était synonyme de confusion, d'incompréhension. Penser à tout et ne penser à rien à la fois, une valse mentale sans but et sans fin, qui assurait le parfait déséquilibre psychique qui était actuellement le sien.. Repoussée, la raison. Annihilée, le calme. Évaporés, les sentiments. Seuls restaient les ressentis les plus sombres, les plus tenaces, les plus simples à suivre. Ceux qui étaient à la fois vérité et à la fois erreur, un paradoxe certain au goût amer, qui n'aidait pas à l'apaisement de l'esprit de la créature. Depuis toujours, depuis sa naissance, et même avant, les humains étaient pointés du doigt comme étant des ennemis, voir des proies. Difficile pour la lamia de ne pas se raccrocher à quelque chose d'aussi simple dans sa situation.

N'importe quel regard observateur, même pour quelqu'un qui ne connaissait pas personnellement la lamia, comprendrait qu'elle n'était clairement pas dans son état normal. Sa voix n'était pas assurée, et ses gestes basiques et très désordonnés, faciles à prévoir, à anticiper et à esquiver. Elle ne se battait vraiment pas sérieusement, vu sa garde déplorable et ses ouvertures nombreuses... Sa part animale était la seule présente, et elle était celle qui agissait, contrôlant le corps de la femme-serpent tout en s'accordant sur la noirceur des sentiments présents. Sur ses plus néfastes envies, ressentis. Il n'y avait aucun assaut structuré, aucune organisation d'attaque ni aucune stratégie: elle cherchait juste à le frapper à mort, à le tuer, le déchiqueter, le mettre en pièces sans la moindre pitié. Du moins, en théorie.

D'elle, il n'émanait cependant aucune envie meurtrière. Certes, sa colère était grande, telle une rage incontrôlable qui ne lui allait pas du tout, apparaissant soudainement à la vue de l'humain, mais cette fameuse envie de tuer, ce désir d'ôter la vie qui faisait frémir l'adversaire, la personne visée.. Ce désir n'était pas. Ou alors, très difficile à ressentir. Pourquoi? Était-ce de la pitié envers lui? Ou tout simplement qu'elle ne se savait pas à la hauteur pour attenter à sa vie? A moins qu'il ne s'agissait encore de cette 'retenue' qu'elle avait eu à son égard, comme lorsqu'elle avait suspendu son geste nihiliste?

Un geste qui d'ailleurs avait été dévié sans peine, l'humain ripostant sans difficulté en s'adaptant à ses mouvements lus d'avance. Il était clairement différent de la fois où ils s'étaient rencontrés, dans la salle de torture. Beaucoup plus fort, beaucoup agile, d'une dextérité à toute épreuve.. Un adversaire coriace, dont elle ne parviendrait sûrement pas à se défaire dans son état actuel. Une lame avait d'ailleurs entaillé son épaule de façon superficielle, une autre s'arrêtait à proximité de sa gorge, ne la tranchant cependant pas, mal gré la facilité évidente de la chose. Était-il troublé par son brusque arrêt? Par sa retenue? Ou jugeait-il que la tuer n'était pas utile? Pourquoi fallait-il à chaque fois que des questions apparaissent, toujours plus nombreuses, sans que la moindre réponse ne soit révélée?

La suite... Elle n'avait rien vu. Rien compris. Juste la sensation d'être soulevée, de ne plus toucher terre, d'être projetée. Puis le flou. Le flou total, opaque, omniprésent, causé aussi bien par le choc que par ce liquide dont l'odeur abominable suffisait à lui bruler les narines. Autour d'elle, des morceaux de verres par centaines, voir par milliers, causant à eux bien plus de coupures que le simple coup d'épée d'Engar. Peu profondes mais suffisantes pour laisser échapper de fines gouttes sanguines, la douleur était multipliée de façon imprévue par les divers breuvages alcoolisés qui couvraient son corps, rendant la chose rapidement très désagréable. Ondulant de façon erratique dans les débris, comme cherchant à fuir la souffrance qui l'assaillait de toute part sans s'arrêter, la lamia se mordait la lèvre, contenant ses plaintes tant bien que mal.

Même ses écailles, si solides, n'avaient pu empêcher certains morceaux coupants de pénétrer la chair, et ce à cause du choc: lors de la projection, le corps de Serenna avait agit par réflexe, usant de sa queue reptilienne in-extrémis pour atténuer l'impact. Ce faisant, elle évitait une blessure à la tête et l'inconscience, mais en contre partie, son appendice avait subit des dégâts. Rien de grave, mais en cette situation, c'était plus une question de douleur que d'incapacité. Elle cherchait encore un moyen de supporter cet instant sans que cela soit décelable dans sa voix lorsqu'elle entendit celle de l'humain, de façon claire et nette mal gré son état d'esprit perturbé, son ouïe défaillante et sa confusion.

C'était... un poison. Chaque mot était un poison. Lent, lancinant, agissant non pas à retardement mais petit à petit, s'amplifiant à chaque intonation, chaque mot qui s'extirpait de ses lèvres. Et plus cela allait, plus c'était douloureux, presque d'avantage que ses multiples coupures couvertes d'alcool. Ce qu'elle vivait était un véritable cauchemar, c'était pire que tout, plus encore que tout ce qu'elle aurait pu imaginer jusqu'alors. Et le plus dur, c'est que ce n'était pas fini. Ses paroles allaient continuer à se déverser, encore et encore, inlassablement, car il était ainsi: bavard, si véridique mais tellement bavard.

Non! NON!


« T... tais toi! TAIS TOI! NE PARLE PAS DE FÉLINA! »

Dans un brusque sursaut de colère, la lamia s'élança avec la force nécessaire pour parvenir jusqu'à lui, dans un bond mué par tout ce qu'elle avait de plus sombre, et de plus désespéré. Quel était l'intérêt de se ruer sur un ennemi si on ne pouvait se résoudre à le tuer? Si chacun de nos gestes étaient retenus? Si aucune envie meurtrière n'émanait de nos actes? Si on ne pouvait avoir la résolution nécessaire, pour une raison inconnue? C'était du suicide, simplement. De la bêtise. Elle allait probablement mourir, après s'être jetée sur lui de façon si prévisible, réagissant à ses mots comme s'ils étaient des flèches qui la perforaient de part en part. L'énonciation du prénom de son amie avait attisé d'avantage sa rage, l'aidant dans son assaut déterminé mal gré la douleur, mal gré sa situation.

Mais la lamia n'était pas allée très loin en vérité. A peine un mètre, avant de retomber au sol, comme immobilisée. Ce n'étaient pas les débris, car dans son bond, ces derniers avaient étés projetés sur les côtés, glissant sur le sol pierreux avec des milliers de bruits caractéristiques. Non, c'était sa queue de serpent qui avait un problème, particulièrement la partie qui succédait son bassin humanoïde... La douleur était instantanée, et très reconnaissable, le tout sans la moindre blessure apparente. Une déchirure musculaire? Non, la zone endolorie était plus large... Plusieurs déchirures? Pourtant, elle arrivait à bouger sans trop de mal -mal gré les souffrances qui en découlait-. Son entrée spectaculaire dans la taverne lui revînt alors en mémoire, car à ce moment elle avait brisé un nombre incontestable de chaises, œuvrant presque comme un bélier inarrêtable...

Sauf que la différence, c'est que le bélier était construit d'un bois solide, renforcé par une armature métallique.. La lamia, elle, était rapide, forte, mais son corps n'était pas aussi résistant, d'où cette douleur vive qui l'incapacitait temporairement. Car oui, en analysant cette dernière, Serenna comprenait qu'elle n'avait rien de grave, c'était sûrement bref et sans incidence sur sa santé. Le problème lui, en revanche, restait entier: le fait de ne pas pouvoir se déplacer temporairement. Le fait d'être immobilisé, ainsi, face à Engar. Le fait d'être à sa merci, du moindre coup d'épée à la torture la plus funeste, la plus perverse. Elle ne parvenait même pas à se redresser, la zone touchée étant celle qui l'aidait grandement à orienter son buste humain dans toutes les situations, et elle restait là, sur les avant-bras, toisant l'humain d'un air mauvais, déformé par la colère, la douleur et la honte..

Cet air nonchalant qu'il abhorrait. Ce côté détaché, supérieur, qui montrait qu'il dominait et pouvait l'achever avec une facilité déconcertante.

C'était... comme...



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« Sale... Sale monstre... »

Difficile, sa voix n'était pas assurée. Elle était fébrile, hésitante, son souffle coupé n'aidant en rien. L'homme qui parlait était à genoux, ces derniers trempant dans une flaque de sang qui devait être proportionnelle à ses blessures. Plutôt jeune, l'humain au regard brillant et au visage d'ange portait une armure dorée, mais celle-ci ne pouvait cacher le sang qui s'extirpait, on le devinait, de ses interstices. Des coups d'épées précis avaient visiblement causés sa perte, particulièrement au niveau des articulations. Face à cet être en échec se dressait une toute autre créature, cette dernière déjà bien mieux portante. Femme-serpent au physique étrange, elle croisait les bras d'un air nonchalant, presque ennuyé, une épée plantée entre elle et l'humain. Il n'était pas difficile de deviner qui avait perdu dans ce qui ressemblait à un conflit entre deux êtres d'espèces différentes.

« Ça y est? Tu abandonnes enfin? »

« Ja.. Jamais! Tant qu'il.. me restera un souffle de vie, je.. »

Comme pour souligner ses dires, l'humain aux allures nobles se relevait, avec toutes les peines du monde, un de ses beaux yeux bleus nageant dans un nuage de sang. Derrière lui, une grande lame gisait au sol, visiblement une arme de grande valeur, et aux grandes capacités. Cette dernière fut ramassée avec une lenteur inconcevable par un individu toujours aussi mal en point, piochant dans ses dernière forces pour adopter une posture de combat bien définie, la lame légèrement penchée sur le côté.

« Tu vas épuiser tes dernières forces si tu continues. Tu ne peux pas me vaincre de cette façon... »

« S.. Silence! Je terrasserais... l’infâme monstre que tu es, j.. j'en fais... la promesse! »

Et le silence fut. La créature mi-femme mi-serpent semblait passablement agacée, mais elle récupéra néanmoins l'épée plantée face à elle, se mettant dans la même posture que son adversaire, l'épée également inclinée d'une certaine façon. Est-ce qu'elle mimait ses gestes, ou est-ce que cela signifiait qu'elle maîtrisait la même façon de se battre? C'était difficile à dire, auquel cas pour une imitation, c'était extrêmement ressemblant. Les deux regards se croisaient, l'un dans l'autre, aucun des deux ne voulant céder alors que le conflit allait reprendre de plus belle... La reprise des hostilités fut sonnée par un assaut de l'humain, après que ce dernier ait pu voir un sourire apparaître sur les lèvres de son monstrueux adversaire. Un sourire... sadique.

« Ren... Rends la moi! Rends moi Serenna! »

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Oui, c'était la même situation. Tel un souvenir intrus qui revenait au moment le moins opportun, la lamia s'était souvenu de cette séquence. De cette partie de son passé.

« Quelle... ironie... Ce n'est pas juste.. »

C'était exactement la même situation, à ceci près que les rôles étaient inversés. C'était l'humain qui dominait cette fois-ci, et elle qui était au sol, en sang. Ses blessures n'étaient pas aussi graves que 'l'humain' de ses souvenirs, mais c'était la même chose, la même scène. Toute sa colère retombait d'un seul coup, comme le couperet chuterait sur le quartier de viande, tranchant dans le vif. Il fallait croire qu'elle était poursuivie par le destin et les situations rocambolesques qui se répétaient, inlassablement. Il ne pouvait y avoir qu'un être divin pour œuvrer ainsi, et provoquer de telles ironies du sort pour la torturer à ce point. A moins que tout cela n'était qu'un rêve, ou plutôt, un horrible cauchemar. Songes infernaux desquels elle finirait bien par se réveiller, d'autant plus que revivre la même scène sous deux aspects différents et à des lieux d'écart devait fortement aider. A moins qu'elle était morte le jour de sa rencontre avec Eckett, et était en enfer à subir les cauchemars les plus abominables pour des décennies et des décennies? Sans jamais de fin, sans jamais de répit? Non, c'était improbable. Et stupide.

La pire des retrouvailles. La pire des situations. Le pire des états d'esprits. La pire des ironies. Tout cela était si... pitoyable.

Pitoyable. Il n'y avait pas d'autres mots. Elle n'avait jamais été aussi bas, que ce soit émotionnellement, ou moralement. Et ce n'était pas seulement à cause du fait d'être à la merci de l'humain ou d'avoir été vaincue en quelques secondes. C'était une masse, une combinaison, un ensemble de faits qui s'additionnaient les uns aux autres, pour son plus grand malheur. La lamia était fière, possédait un certain tempérament et un fort caractère. Elle n'était pas du genre à se laisser faire, ni à faire de concessions. Cependant, elle était moins indépendante qu'elle ne le laissait croire: Incomplète, elle subissait sans jamais se plaindre, se contentant au pire des cas du déni ou de la fuite. Même dans les pires situations, blessée ou affamée, elle ne versait pas de larmes, contrôlant son corps plus qu’efficacement et avec une grande volonté. Elle ne montrait pas ses émotions, sauf à Félina, qui était sa seule confidente, la seule avec qui elle avait un lien presque aussi fort que les liens du sang. La lamia était là pour elle, et réciproquement. Mais là était le problème. Un problème parmi tant d'autres.

Elle l'avait abandonnée, elle qui avait alors tant besoin de réconfort. Elle ne pouvait rien faire pour sa famille, tout comme elle ne pouvait rien faire pour son compagnon, Shkeil, qui luttait contre sa partie obscure. Elle ne pouvait rien faire vis-à-vis d'Engar, ne pouvant même pas porter la main sur lui. Elle ne pouvait rien faire non plus pour son passé, pour toutes les morts tragiques, voulues ou non désirées. Elle ne pouvait rien faire vis-à-vis de ses sentiments. Rien faire pour elle-même. Rien faire pour les autres. Et c'était cette masse sombre de désillusions, de tristesse et de désespoir qu'elle avait changé en colère rageuse, pointée vers un bouc-émissaire opportun qui était pourtant le plus mauvais choix jamais imaginé. Ce n'était pas de la simple haine. Ce n'était pas qu'une simple aversion pour l'humanité. C'était aussi autre chose, quelque chose de paradoxal, de complètement différent, de particulièrement et définitivement... stupide.


« Pourquoi... le sort s'acharne t'il à ce point...? »

Une plainte. Une voix faible mais audible, alors que son visage était dirigé vers le sol, le regard figé vers la pierre qui pavait les lieux.

« Pourquoi... c'est toujours la même chose? Qu'est-ce qui ne va pas avec moi...? »

Son poing frappa la pierre froide, même s'il n'y avait pas la moindre force dans ce dernier.

« Je ne comprends pas... Je... Je ne peux pas aider ma plus précieuse amie... Ni régler mes propres problèmes.. »

La plainte muait, allait, mais ne changeait pas dans sa forme. Toute cette accumulation d'évènements qu'elle ne pouvait pas gérer, qui la rendait confuse et l'attristait avait un final. Il y avait une limite qu'elle était en train d'atteindre, et qui n'était pas de la simple colère, ou de la simple rage. Ce qui arrivait devait s'extérioriser, mais sa crise envers Engar n'était qu'une maigre matérialisation de ses ressentiments, de sa confusion. Si elle s'en était prise à lui, c'était parce qu'il était à lui seul un maillon essentiel du problème, l'épicentre même du paradoxe. Mais aussi parce qu'elle ne s'attendait pas à le rencontrer aussi brusquement, à un si mauvais moment, et à un si mauvais endroit.

« J... J'en ai assez... »

Ça y était, la limite était atteinte. Dépassée. Plus de colère ou d'agression cette fois çi, plus de haine aveugle ni de fierté exacerbée. Plus d'apparences, plus d'instinct sauvage, plus d'arrogance. Et plus aucun contrôle, également, par la même occasion. Les blessures qui parsemaient son corps, l'alcool insupportable qui recouvrait son corps, sa défaite éclair, son infériorité évidente et sa déchéance actuelle.. Tout cela n'avait plus vraiment d'importance à ses yeux à présent. Ce qui aurait été un véritable affront en temps normal passait au second plan, complètement, entièrement. Il ne restait plus qu'elle, ses doutes, et ses larmes.

Car elle pleurait. La lamia, d'habitude si fière et si arrogante, pleurait à chaudes larmes comme elle ne l'avait jamais fait auparavant. C'était bien la première fois qu'elle se laissait aller ainsi, relâchant sous une toute autre forme les craintes, les doutes, les appréhensions et les inquiétudes accumulés, tout ce qui l'affligeait en fait. C'était la deuxième fois qu'elle se laissait aller aux larmes, la première fois étant avec Félina, ce qui, paradoxalement, avait mené à l'échange des fleurs. Un triste moment qui était devenu un tournant crucial de son existence, un des instants les plus importants de sa vie. Mais ici, il n'y avait rien du genre. Félina n'était pas là, et de toute façon... C'était sur elle que portait toute l'inquiétude et la détresse de la lamia.

Glissant le long de ses joues, sur son nez, suivant fatalement la seule loi physique à laquelle elles étaient soumises, les larmes tombaient, et se perdaient dans les éclats de verre brisés au sol, rejoignant l'importante flaque déjà présente: celle d'alcool. Avec tout cela, la lamia n'avait rien remarqué, rien répondu à l'humain. Elle ne réfléchissait même pas à la conséquence probable des évènements, quant à savoir une possible flambée soudaine de tous ces éléments, en cas de contact avec du feu. De toute évidence, il n'y avait plus grand chose qui pouvait l'inquiéter sur l'instant, pas même le fait d'être achevée pendant qu'elle était en situation de vulnérabilité.


« Qu'est-ce.. que je dois faire? Qu'est-ce que.. je suis censée faire..? »

Ce n'était pas comme si elle attendait quelque chose. Une réponse ou une délivrance. De la pitié ou de la compassion. Elle était seule responsable de ses propres soucis, et c'était sa faiblesse qui était mise en cause. Ni plus, ni moins. En attendant, le pauvre Engar ne devait pas y comprendre grand chose, même si il était grandement impliqué, mal gré lui, dans les déboires de la lamia.

Pitoyable. Il n'y avait probablement pas d'autre mot.

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Re: Ombres amères du passé, sang versé du présent

Message  Engar le Mer 09 Jan 2013, 14:39

Le sourire que j'affichais après la fin de mes propos pouvait paraitre mal venu, mais cette courte confrontation, comme n'importe quel combat, me plaisait, en grande partie à cause de l'afflux d'adrénaline, car les circonstances, elles, n'avaient aucune raison de me satisfaire, me laissant juste indifférent... Ce qui ne m'empêcha pas, bien au contraire, d'être aux aguets et par conséquent de remarquer sur le champ quand la lamia se manifesta, dégageant sans trop de peine les débris qui a gênaient et se ressaisissant un peu. Cela me permit de jauger son état. Elle ne paraissait pas trop mal en point, pas de plaies béantes, pas de membres figés en une position contre-nature et elle ne paraissait pas subir de souffrance intense. Pour autant je pouvais affirmer que mon attaque avait été efficace, elle semblait un peu sonnée, ce qui devrait calmer ses ardeurs, des éclats de verres meurtrissaient sa queue, suffisamment pour diminuer son habilité à user de son corps, mais pas assez pour qu'elle en subisse des séquelles et, surtout, comme je l'avais aperçu dans un premier temps. Elle était recouverte d'alcool, Lesquels précisément ? Il y en avait trop pour que moi-même je parvienne à le deviner, mais ça n'avait pas d'importance car, en plus d'être à même de saouler n'importe qui à plus ou moins forte doses, tous avaient une propriété en commun. Ils étaient très inflammables...

Par conséquent il me serait aisé d'user de la triche que je maintenais avec mon aura, tout simplement en la lançant vers elle, même si elle esquivait ou que je la ratais, la flamme toucherait le sol, lui aussi imbibé de liquide et qui par conséquence s'embraserait et amènerait la lamia à faire de même... Mais je ne comptais pas en faire usage, à la grande déception de mon démon qui était partis dans une espèce de délire culinaire où il était question serpent parfumé à l'alcool, ce à quoi je préférai ne pas réfléchir plus longtemps. Et pourquoi cela ? Tout d'abord parce que le plaisir de me battre n'obscurcissait pas mon raisonnement et qu'à mes yeux, malgré ses réactions sauvages ou immatures, je doutais que mon agresseuse récidiviste ne se rende pas compte que de par l'alcool qui la recouvrait et la torche qui était à mes côtés le moindre geste brusque dans ma direction aurait de forte chance de se solder par sa combustion. Qu'elle s'avise de persister et elle était cuite, ce mauvais jeu de mots de mots que je gardais pour moi, et mon démon qui me hua, m'amena à sourire encore un peu plus.

Cependant je doutais réellement que cela adviendrait, tout simplement parce que je savais qu'elle était à même de faire preuve d'un tant soit peu de jugeote, et c'était amplement suffisant pour comprendre au vu de son état et de la situation qu'elle n'avait pas intérêt à continuer à s’en prendre à moi. C'était en cela que ma riposte ait été une véritable réussite, clôturant le combat sans trop d'effusions de sang, et par conséquence en demeurant en vie sans craindre de nouvelles accusation à mon procès à venir, ce qui était probablement pire que de périr, bien que je ne me serais de toute manière pas laissé faire. J'avais conscience néanmoins de m'avancer un peu, peut être que dans un élan désespéré elle se jetterait sur moi pour tenter de m'emporter avec elle dans les flammes, auquel cas il me faudrait réagir rapidement, mais non... Au lieu de cela elle me hurla dessus, me disant de me taire au sujet de Felina et dans le même temps elle me bondit dessus, de nouveau une brusque montée d'adrénaline parcourut mon corps et j'étais prêt à réagir... Mais ce fut vain, la lamia s'arrêtant d'elle-même et s'étalant au sol, se retenant de justesse avec ses bras, avant de m'atteindre ou même d'être à portée de la torche. Ce qui l'avait retenue ? Je l'ignorais, mais cela me soulageait, même si cela me décevait un peu, de par la montée et la rechute soudaine de ma motivation guerrière, mais je m'empressais de compenser cela en saisissant une bouteille, miraculeusement épargnée sur le comptoir, avec l'intention de la vider, non pas par mépris de la lamia sanglotant devant moi, mais parce qu'avant de m'adresse à elle je préférais attendre qu'elle ait fini de larmoyer, sans. Je posais alors une de mes lames pour cela tout en éloignant un peu la torche de moi-même pour éviter tout accident, et commença sans plus attendre à la boire. Malheureusement il s'agissait d'un mauvais vin, et je m'empressais finalement de reposer la bouteille et de récupérer mon arme...

La créature continuait de sangloter, étendu sur le sol et à ma merci... Il m'aurait été à cet instant simple de quitter la taverne afin d'en finir avec cela, mais si je partais maintenant elle reviendrait surement s'en prendre à moi, malgré son échec récent et à vrai dire... Elle m'avait réellement interloqué par son évocation de Felina et le désespoir que je ressentais chez elle, malgré mon manque d'empathie. Ainsi, je la regardais pleurer de manière stoïque et ce jusqu'à ce qu'elle prenne la parole. Je ne réagissais toujours pas, m'adossant au contraire plus confortablement sur le comptoir, mais écoutant en vérité attentivement ses propos. Il me semblait que petit à petit la haine disparaissait d sa voix afin de laisser place à la tristesse et à l'amertume, ce que confirmait le sens de ses mots... Et je ne tardais pas à me rendre compte que j'allais de nouveau devoir manier les mots, ce qui m'amena, quelque part, à regretter un peu que la confrontation physique ne se soit pas poursuivi finalement, malgré les conséquences que cela aurait provoqué... pour autant je ne m'empressais pas de lui répondre, de tenter de l'apaiser, au contraire, je la laissais sangloter tant qu'elle pouvait, frapper le sol quitte à ce qu'elle s'en fasse mal, mais surtout la laissant continuer de s'exprimer. Ce ne fut que quand j'eus la certitude qu'elle eut finie de parler, que sa voix et ses gestes avaient fait place à de vains sanglots auquel il convenait de mettre un terme, que je sortis de mon stoïcisme.

Quelque part cette situation m'était familière et en conséquence je sus trouver les mots qui de mon point de vue étaient justes. Alors je prenais soin d'éteindre finalement la torche, n'ayant plus besoin d'intimider mon interlocutrice, puis m'avança vers elle. Ce furent cependant la seule imprudence que je commettais, gardant mes lames en main alors que je m'agenouillais afin de me mettre autant que possible à la hauteur de son visage qui était face contre terre, demeurant sur mes gardes, mes lames positionnées en ciseaux et reposant sur mes genoux, sans pour autant paraitre agressif.

'Pourquoi te lamentes-tu sur ta faiblesse ?"

J'avais cessé d'être impassible, mais ce n'était pas pour faire preuve d'empathie. Au contraire, ma voix était sévère, comme si je morigénais un enfant à cause de son comportement... Aux yeux de bien des personnes il aurait sans doute mieux valu que je fasse preuve de sensibilité, que je la soutienne, l'aide à se relever, lui parle gentiment....

"Parce que tu n'as pas pu sauver la famille de Felina ? C'est idiot, tu ne pouvais rien faire, car c'est moi qu'elle avait choisi pour faire et même si j'étais accompagné je suis le seul qu'on peut blâmer pour le décès des siens, du moins de ceux qui auraient pu être sauvés..."

Mais à mes yeux untel comportement ne lui conviendrait pas... Elle ne supporterait pas la pitié d'un humain et encore moins que ce dernier l'aide par bonté, j'avais déjà fait cette erreur lors de notre première rencontre.

"Mais pourtant je ne suis pas comme toi en cet instant à pleurer sur le fait accompli et à ma lamenter, au contraire j'en parle sans crainte et sans amertume, malgré "l'interdiction" que tu as prononcé à ce sujet... Car cela, s'apitoyer ou se taire, ne changera rien, bien au contraire ! Felina, elle, peut se permettre de pleurer car elle a perdu les siens, mais je n'ai pas à le faire... Oui ce serait compatir, amis si je pleure aussi cela ne ferait qu'aggraver sa tourment alors que je me montre fort, présent sans être amer je l'aiderai... Et si tu es vraiment son amie c'est certainement aussi vrai pour toi. Voilà ce que j'ai à dire sur ce qui ne va pas avec toi."

Je me permettais d'affirmer pareille chose, de continuer à me considérer comme proche de Felina, car malgré mes erreurs elle ne m’avait pas renié... Ce que j'avais entendu juste avant ma mort, pour peu que ça n'ait pas été une espèce d'hallucination auditive, me le prouvait...

"Quant au sort qui s'acharne... J'ignore tout de ton histoire ou de ce que tu as vécu, des malheurs ou des bonheurs qui ont été tiens, Oui il est vrai que c'est injuste et que ces eux facettes sont bien mal répartis entre les personnes, mais c'est ainsi et peu importe la part de choses funeste qui t'es arrivé tu te dois de continuer à lutter, même si cela peut paraitre vain, pour conquérir ton bonheur et celui de ceux auxquels tu tiens. ... Ce qui nous amène à ce que tu dois et peut faire, tant pour elle que pour toi."

Je comprenais à cet instant ce qui me rendait cette situation familière. Son tempérament colérique, son emportement fougueux... Tout cela m'indiquait que comme moi elle était de ces individus, qui dépérissaient en stagnant, mais s'épanouissait en allant tout le temps de l'avant. Il fallait juste que quelqu'un lui montre comme faire cela, or c'était mon cas et j'y avait réfléchit plus d'une fois, d'où la facilité étonnante que j'avais à lui parler.

"J'ai failli à l'égard de Felina alors qu'elle me voyait comme un frère, mais au moins... Au moins je peux me targuer d'avoir fait tout mon possible. Même si certains de mes choix causent son malheur, je les ai faits pour elle et je le referai de nouveau, même si elle devait un jour, finalement, me renier. Tout simplement parce que pour elle je lutterai, de quelque manière que je sois, jusqu'à ce que je périsse pour de bon. Et c'est parce que je m'investis de la même manière pour tout ce qui m'est cher que je n'éprouve pas de regrets vis à vis de mes crimes et échecs passés, car je car je continue à agir, et que cela ne ferait que me gêner... Alors tu comprendras qu'il m'insupporte, au vu de mes "sentiments" pour elle, de voir une personne se disant son ami qui se lamente au lieu, d'elle aussi, agir pour Felina. "

Je ne faisais pas toujours les bonnes choses, je ne les faisais pas toujours pour les bonnes causes, mais au moins je faisais tout ce que je pouvais pour réussie... Et au vu de ses sentiments exacerbées et de ce que j'avais pu voir d'elle, cette manière d''agir lui conviendrait bien. Bien entendu il fallait qu'elle forge elle-même son opinion à ce sujet, je ne faisais que lui donner des pistes.

"Alors désormais fais ton choix... Demeure paralysée par la peine et la peur de ce qui t'attend ou bien trouver la force d'agir, même si pour cela tu dois accepter l'aide d'autrui... Je peux t'affirmer que ce n'est pas une honte du moment que cela sert tes dessins."

*Beau et brave discours Engar, mais honnêtement, tu crois qu'elle t'écouter, toi, un humain ?*

... J'osais même espérer être parvenu à la convaincre de se ressaisir et j'étais prêt à l'aider pour cela. Cependant je ne lui tendais pas la main, demeurant juste les genoux fléchis devant elle, afin de ne pas risquer de la provoquer, c'était à elle de se manifester à moi si elle désirait que je la soutienne. Je ne la pressais nullement d'ailleurs, lui laissant un peu de temps pour digérer ce que je venais de dire, j'en avais également besoin pour faire de même avec l'immonde alcool que j'avais ingéré... Mais l'air de rien je me permettais de lui poser une dernière question, sans rapport visible avec ce dont on venait de parler.

"... Et par hasard sais-tu faire des poisons ?"

Peu après mon regard balaya un instant la pièce. J’avais en tête d’empoisonner les réserves d’alcools pour piéger les forces de Naviento qui ne manquerait pas de tenter de les pilles. Notre conversation ne m’avait nullement fait oublier la guerre qui s'annonçait, bien au contraire, car mon interlocutrice pouvait très bien se ranger du côté du donjon Kanabo, car elle y avait peut-être des amis ou des attaches que de celui des assaillants car ils partageaient avec elle une haine exacerbée des humains... Mais au vu de ses dires il ne faisait apparemment aucun doute qu'elle se rangerait du côté que rejoindrait Felina... Et je me rendis alors compte que de par la haine qu’elle éprouvait également à l’égard des humains et que malgré ses attaches au donjon elle pourrait se ranger du côtés des assaillants, ce que la lamia ferait également dans ce cas, mais pas moi, car au vu de exactions des forces de Naviento, rejoindre leurs rangs, même afin de suivre ma soeur, reviendrait à me suicider...

Ce n'était qu'une hypothèse bien sûr, mais mon cœur se serra alors que je prenais conscience que, dans ce cas, je n’aurai d’autre choix que de m'opposer à ma sœur.
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Re: Ombres amères du passé, sang versé du présent

Message  Invité le Dim 27 Jan 2013, 09:05


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« Comme je te l'ai dit, cela t'arrivera trois fois. Trois fois, dans toute ton existence. »

« ... Est-ce que cela veut dire que ma vie sera courte? Ou que je suis ... »

« Je n'ai pas de réponses à te donner à ce sujet. C'est à toi de trouver ces dernières, et d'en tirer les conclusions. »

« Je ne suis pas douée pour ce genre de choses... Je risque bien de mourir avant même d'avoir compris quoi que ce soit. »

« Tu es intelligente. Et même si tu caches ta vraie nature, tu ne le fais pas par ruse, ou dans un but néfaste. Te dissimuler derrière un masque funèbre ne te préserve pas d'aspirer à la bonté. »

« J'ai peur de ne pas très bien comprendre... »

« Nul besoin de t'offusquer, ni de te sentir menacée. Je sais pourquoi tu n'as dit mot, mais tôt ou tard, le mensonge se paie, même si ce dernier partait d'un bon sentiment. Dans ce monde troublé, les êtres qui aspirent au bonheur ne le font pas toujours de la manière adéquate, que ce soit à cause de leur espèce, de leur éducation, ou de leur environnement. Je n'ai pas à te dire si tu es sur la bonne voie, ou la mauvaise, ce n'est pas mon rôle. Je ne contente d'observer, à travers ces yeux fatigués, les existences nombreuses qui peuplent ces contrées. Les êtres recevant mes 'conseils' ne sont que rarement satisfaits, car chacun cherche des réponses, des réponses faciles et accessibles. Mais sache une chose, jeune lamia, c'est que dans ce monde, tu n'auras jamais de réponses. Tu n'auras que des choix. Des choix illogiques, difficiles, regrettables, amusants, mais toujours des choix. Et jamais la moindre réponse. Toujours l'incertitude. Le doute, l'appréhension, la crainte. Il n'y a ni mauvaise voie, ni bonne voie, uniquement celle que tu suivras. Je ne prédis pas l'avenir, je ne fais qu'entrevoir des bribes infimes de ton être, de ce que tu es et représente. Y a t'il un destin? Un karma? Une volonté? Qui sait, chacun est libre d'y croire, s'il désire une réponse facile. Ce que je t'ai dit est vrai, mais n'y a t'il pas plus incertain que l'existence en elle-même? Que ce monde matériel que tu foules en permanence, perdue dans tes souvenirs et tes sentiments? Retiens bien les trois choses énoncées, et ce qui est apparu sur la carte. C'est à toi de décider quoi en penser, quoi en faire, comment l’interpréter, comment agir en conséquence ou au contraire... Ne rien faire. Choix. Tout est question de choix. »

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Tout était vrai. Cette vieille femme avait raison, ce n'étaient pas juste les propos pompeux d'une humaine pseudo-divine divagante. Des choix, la lamia n'en avait pas fait jusqu'alors, se contentant de fuir, purement et simplement. C'était par ailleurs ce qui la menait à cette situation présente, endolorie, essoufflée, blessée, et éplorée. Cette femme étrange ne fit qu'un passage éclair dans l'esprit désordonné de Serenna, mais cela suffisait largement à y ajouter encore et encore plus de confusion, de ressenti et de tristesse. Les souvenirs les plus agaçants revenaient vraiment aux pires moments, n'est-ce pas? Comme si ces derniers cherchaient à vous accabler plus encore, même lorsque l'on se trouvait au plus bas. C'était.... injuste.

Engar n'avait pas à assister à cela. Personne n'avait à le faire. En fait, cela ne devrait même pas être en train d'arriver. Les larmes présentes n'avaient pas à couler, car elles étaient aussi, quelque part, une forme d'égoïsme. L'humain était là au mauvais moment, au mauvais endroit, mais cela ne justifiait pas tout. Tout aurait été plus simple si ce dernier l'avait pourfendu de ses épées, ou l'aurait brulé avec sa torche, alors qu'elle était recouverte de liquide inflammable. C'était la facilité même, la porte de sortie la plus évidente et la moins complexe, même si elle n'était pas forcément la moins douloureuse. Mais pourquoi persister dans l'inquiétude du ressenti physique, alors que cela pouvait être bien pire moralement? Être brulée vive et mourir, transpercée par des épées et mourir, instaurer finalement une haine complète et entière, sans questionnements autres. Mais cela n'arrivait pas.

Les larmes coulaient, mais le coup de grâce ne venait pas. Aucun geste libérateur, uniquement la même, unique, continuelle souffrance. Pleurer à chaudes larmes n'avait rien de libérateur. Cela apaisait l'esprit, comme si se 'décharger' ainsi était une solution. Ce n'était pas le cas, car rien n'était résolu ainsi. On pouvait larmoyer à souhait, verser des litres et des litres d'eau salée dans l’amertume et la tristesse la plus profonde, aucun problème n'était réglé à la fin. C'était même souvent pire, parfois. Apaisement temporaire, relâchement d'une accumulation de ressentis. Ce n'était guère autre chose, si ce n'était une preuve d'extrême faiblesse, et de confusion. Au demeurant, ce n'était pas mieux que de se ruer sur le premier ennemi naturel rencontré avec toute la rage possible et inimaginable. Et c'était tout aussi pitoyable.

Pitié? Compassion? Engar n'agissait pas. Ses pas s'étaient rapprochés, mais il n'agissait pas, ni ne parlait. Seuls restaient les sanglots d'une lamia qui se donnait en spectacle, mal gré elle, et ne pouvait rien faire pour s'arrêter. Il lui sembla une éternité avant que les mots parvinrent à ses oreilles, éternité durant laquelle elle cherchait de nouveau des réponses, oubliant les conseils avisés et flous de la femme au corbeau.

C'était des réprimandes.

Engar la réprimandait comme une enfant qui avait fait une bêtise.

De nouveau, elle ressentait la douleur de la chose. Lancinante, crescendo, mais elle était loin d'être physique. Son propre corps n'était plus qu'une partie de l'équation négligeable à présent, une partie à mettre de côté pour un calcul tardif, quand bien même il représentait la base de cette dernière. Face contre terre, elle ne bougeait pas, respirant de façon confuse et peu ordonnée, ce qui correspondait à ses blessures, ses sanglots, et ses autres souffrances diverses et variées. Elle ne trouvait même pas la force, ni l'intérêt, de bouger sa queue reptilienne qui pourtant, aurait particulièrement apprécié d'échapper aux boissons alcoolisées qui recouvrait le sol, ainsi qu'aux morceaux de verre. Non, c'était mental, émotionnel, ni plus, ni moins. Et elle n'y pouvait pas grand chose, à part écouter et... subir.

Silencieuse, étouffant de plus en plus efficacement ses sanglots en espérant peut être les calmer une bonne fois pour toutes, elle buvait ses mots avec la plus grand attention, sans pour autant parvenir à le regarder. Comment le pouvait-elle de toute façon? Si ses paroles étaient un poison lent, il n'était pas utile d'accélérer le processus en subissant en plus son regard, regard qu'elle n'aurait de toute façon pas pu affronter. Sa voix, sa façon de s'exprimer et surtout... La véracité et la simplicité, la sagesse de ses propos. A l'entendre, elle se sentait presque défaillir, comme si un étau se resserrait petit à petit autour de son organe vital, en règle générale le même pour tous les êtres vivants.

Oui, il avait raison. Pour tout: cela ne servait à rien de pleurer devant le fait accomplit. Cela ne servait à rien d'être aussi égoïste. Cela ne servait à rien de laisser parler ses ressentis. Ni de s'attarder sur le sort qui s'acharnait. Engar était dans le vrai, et il avait parfaitement raison de la réprimander ainsi. Pour lui, c'était sans doute la chose la plus naturelle à faire qui s'offrait à ses yeux, et c'était sans doute ce à quoi s'attendait la lamia. Plus ou moins. Il lui était difficile de réfléchir convenablement sur l'instant, les yeux embués de larmes et le visage humide.. Jamais elle n'aurait pu paraître plus pitoyable qu'elle ne l'était sur le moment. C'était encore pire que la fois où elle avait pleuré en compagnie de Félina, et elle regrettait que cette dernière ne soit pas là sur l'instant. Égoïsme! Égoïsme!

Comment pouvait-elle penser une telle chose? C'était Félina qui avait besoin d'aide, de soutien.. Alors pourquoi pensait-elle d'abord à elle? A sa propre petite personne? Il n'avait pas de limites, son égocentrisme exacerbé n'avait pas de limites. C'était à se demander pourquoi Félina avait conclu ce pacte avec elle, une lamia qui ne se préoccupait pas des autres, ni même de la personne qu'elle respectait le plus.. Ce n'était pas possible, c'était probablement une erreur, immense et grossière. Ou alors un moment de faiblesse, l'ignorance? Serenna avait honte de ces pensées présentes, mais dans son état, elle était capable d'imaginer tout et n'importe quoi, de façon particulièrement affolante. C'était stupide, elle était vraiment ridicule, couché au sol à larmoyer comme une enfant qui aurait perdu son jouet.. Ou l'aurait cassé!

Raison. Il avait raison, aucune place à l'erreur ou au doute. Tout ce qu'il disait était vrai, et cela n'en était que d'autant plus douloureux. C'était... étrange. Elle aurait préféré qu'il se taise, pour ne plus éprouver la moindre peine supplémentaire, mais dans le même temps qu'il continue, pour des raisons bien distinctes. Pour un peu, elle se demandait si elle n'était pas masochiste, pour penser de telles choses. L'entendre parler sur ce qu'elle devait faire mal gré le sort qui s'acharnait lui fit relever la tête doucement, croisant le regard de l'humain... pendant quelques secondes seulement. Ses yeux allèrent vite chercher une autre cible, de préférence une bouteille cassée au sol ou tout autre objet pouvant faire l'affaire. Impossible de soutenir ces pupilles, d'autant plus qu'elle ne savait pas du tout quelle tête elle pouvait bien faire sur l'instant.

Pas un seul mot, pas la moindre phrase, n'était perdue. La tristesse et la confusion laissaient peu à peu place à un regard vide d'expression, passablement rêveur... Puis peu à peu coupable. C'était la fin des larmes de crocodiles, des pleurs torrentiels non retenus. Certes, il restait toujours des gouttes qui trouvaient passage sur ses joues, mais c'était déjà bien moindre que précédemment: l'orage était passé. La décrue n'était pas loin. Mais cela ne signifiait pas pour autant que les nuages étaient partis. Son état d'esprit était toujours aussi assombri, par la tristesse résiduelle, la culpabilité, la honte, et évidemment.. la douleur. Pas physique, malheureusement. Celle provoquée par sa situation présente, par le traitement qui lui était infligé par l'humain.

Il avait tout fait, et elle le savait.

Il n'y pouvait rien, et elle le savait.

Il était fort, et elle le savait.

Il était humain, et elle ne pouvait rien y changer.

Résignation.

C'était ce qu'elle semblait montrer. Extérieurement en tout cas. On pouvait lire la honte sur son visage, mais avant tout, l'air vaincu et abattu, l'expression de la petite fille grondée qui avait fait une bêtise, et qui n'avait pas d'autres choix que de l'accepter, de la reconnaître, et éventuellement de chercher à la réparer. C'était ce que l'on pouvait lire, de façon assez évidente. Engar avait joué son rôle, et ses paroles avaient bien plus d'impact que tout autre châtiment corporel. Son but -qui était somme tout apparence de réprimander la lamia- était atteint, avec un succès indéniable. Envies guerrières, envies néfastes, haines, amas de pensées tristes et autres humeurs accablées... Par le flot de ses mots, il avait quasiment tout vaincu. Il ne restait plus grand ennemi à battre, si ce n'était... peut être quelque chose qu'il était loin de soupçonner. Mais pour ce dernier point, il n'avait pas vraiment de soucis à se faire: tout était joué d'avance, et bien évidemment, Serenna en était la première informée...


« Je suis une imbécile... »

... Ses premiers mots depuis de longues minutes n'étaient pas très assurés, et il y avait mieux pour briser un silence tout juste installé, surtout dans une telle situation. Mais dans l'immédiat... C'était probablement mieux que rien. D'autant plus que ce n'était pas fini.

Un sourire se dessina sur son visage, accompagné d'un léger soupir. Ça y était? Elle s'était enfin calmée? La disparition des larmes et la respiration moins désordonnée de la lamia semblaient le montrer. Difficile de voir en elle une adversaire à présent, surtout après tout cet affligeant spectacle. Désormais, Engar avait de quoi raconter aux autres, de quoi rire d'elle et de quoi se moquer pendant des cycles et des cycles. Mais mal gré cette pensée, Serenna ne perdait pas son sourire, rictus intraduisible qui pouvait pourtant signifier beaucoup de choses différentes... Bien qu'aucune ne pouvait réellement être identifiée et ce qu'elle que soit le degré d'observation sur le moment.


« ... Tu... Tu as raison. Tu as entièrement raison, du premier au dernier mot... »

... Face à tout ce qu'Engar lui avait dit, la réponse de la lamia n'était pas très consistante. Cela pouvait même donner l'impression qu'elle n'avait pas écouté, et qu'elle s'en moquait, donc. Après tout, l'humain pouvait bien croire que la créature face à lui était trop occupée à pleurer sur son sort qu'à être attentive à ses dires. Pourtant, la touche de sincérité qui était perceptible dans la voix de Serenna, mal gré son air peu assuré, pouvait convaincre du contraire. En réalité, elle n'avait pas perdu la moindre miette de sa réprimande, quand bien même c'était chose pénible à ses yeux. Ces derniers étaient par ailleurs rouges, encore humides, mais le temps des larmes semblait passé. Temporairement, ou définitivement? C'était plutôt complexe à dire, la lamia semblait encore bien fébrile, chose que l'on mettait volontiers sur son moral présent ou sur ses blessures -quoique légères-...

Bougeant légèrement, la lamia sembla chercher à se relever, posant sa main au sol pour se redresser, mais c'était sans compter les morceaux de verre omniprésents.. Un léger 'Aïe' de circonstance se fit entendre, signe de l'effet produit. Bien sûr, en temps normal, elle n'avait pas besoin de ses mains pour échapper à l'attraction terrestre, ses abdominaux étant suffisamment puissant pour se faire.. Elle était une lamia après tout! Seulement voila, n'avait-elle pas échoué à se relever tantôt? D'autant plus que c'était dans un but motivé, celui d'attaquer l'humain. Quelque chose l'avait stoppée, comme une incapacité temporaire, voir une blessure. A moins que pour l'humain, c'était quelque chose à mettre sur le compte du choc, de cette prise qu'il avait effectué? En attendant, la lamia sembla un bref instant décontenancée, mais la vue d'un Engar tout proche sembla changer la donne, de façon ni soudaine, ni tardive.


« Est-ce que... tu peux m'aider s'il-te-plaît...? »

Sourire gêné, air embarrassé par son état actuel, voix peu assurée... Et relativement honnête. Elle ne semblait pas jouer la comédie, demandant vraiment de l'aide de façon polie à cet humain, sans détours. Son absence totale de vigilance, son côté un peu confus et ses mouvements patauds ne présentaient pas le moindre danger pour Engar. Est-ce que la lamia... était enfin passée à autre chose? Laissant tomber sa haine des humains après le discours du repenti? Ou en tout cas celle envers Engar? Difficile de lire en elle, tant son esprit était désordonné, si tant était bien sûr qu'il y avait quelque chose de dissimulé à y trouver. Mais ce qui était certain, c'est qu'aucune véhémence n'émanait d'elle, et que sa main a peine levée était une demande d'aide claire... Elle ne pouvait compter que sur lui, car il était bien le seul à pouvoir lui donner un coup de main. Et pas seulement parce qu'il était à proximité immédiate.

Une option qu'il avait visiblement prévu, puisqu'il répondit favorablement à sa demande, prenant sa main, comme pour l'aider à se relever. A moins que ce n'était qu'un simple geste de courtoisie? Ou alors un réflexe inopiné, dû aux évènements divers et variés... Sans doute allait-il se rendre compte de son erreur et faire juste le strict minimum pour l'aider, maintenant qu'il était lancé. Serenna ne pouvait pas savoir à quoi il pensait, mais l'inverse était vrai, également. Et même si la sincérité était visible, aussi bien sur son visage que dans ses gestes, l'humain pouvait percevoir, en l'observant attentivement, un léger zeste de nervosité. Après tout, il y avait de quoi... Ne prenait-elle pas la main d'un humain, créature qui avait anéantie sa famille? Ne se trouvait-elle pas en position d'infériorité? N'était-elle pas blessée? Ne venait-elle pas de se lâcher, émotionnellement? Il y avait tant de raisons qui expliquaient ce fait que cela pouvait être n'importe quoi.

S'aidant de l'impulsion fournie par l'humain, qu'elle soit forte ou faible -elle compenserait de toute façon-, la lamia commença à se redresser, son buste quittant enfin le sol froid, humide et parsemé de morceaux de verre. Son ascension lui parut une éternité, comme si le temps s'écoulait au ralenti dans cet instant qui n'avait plus rien de banal. Non, il n'avait plus rien de banal. Il n'avait vraiment plus rien de banal.

Et elle était vraiment une imbécile.




* Quand tu te rendras compte de ta faiblesse. *

Oui, elle était faible. Oui, la vieille humaine avait raison. Ses 'prédictions' étaient véridiques, elle n'avait pas mentit. La vérité, nue, était retombée tel un voile sombre sur elle, obscurcissant le ciel, et provoquant un torrent incontrôlé de ressentis et de sentiments négatifs. La réalité était toujours plus désagréable que les rêves éveillés, surtout quand ces derniers prenaient la tournure de cauchemars sans fin et sans sens.

Seulement, en cet instant suspendu où le temps se prêtait au jeu, que ce soit par bonté ou par pitié, la lamia espérait rêver. Car il était plus simple à ses yeux de vivre un tel moment dans ses songes que dans la rude réalité. Horrible, agaçante réalité, avec ses haines, ses paradoxes, et ses conflits matériels. Cette réalité où elle était mains liées, yeux bandés, sans pouvoir avancer à cause de son égoïsme, de ses ressentiments personnels, des buts qu'elle s'était fixée. Alors oui, elle espérait rêver. Elle espérait que ce rêve dure, même si les rêves aussi agréables ne s'attardaient que très rarement, provoquant le retour au monde réel avec tout le sursaut et l'amertume possibles et inimaginables.

C'était probablement un rêve.

C'était sûrement éphémère.

Mais cela restait un baiser. Et c'était tout ce qui importait.


Aucune planification. Aucune préméditation. Aucun danger. Aucune menace détournée, probable ou dissimulée. Son geste avait été rapide et précis, prenant de court un humain qui ne s'attendait vraisemblablement pas à ça. A ses yeux, elle devait le haïr, ne représenter qu'un monstre, une menace sans nom dont l'existence ne prendrait sens qu'une fois six pieds sous terre. Pris au dépourvu? Moment de relâchement? A moins qu'il n'avait pas réagit, la laissant faire? Ou sinon elle avait été trop rapide, faisant preuve d'une vivacité trop soudaine qui contrastait avec sa situation précédente: assagie, et résignée, le tout saupoudré de gêne et d'une pointe de tristesse. Il aurait sans doute pu anticiper un danger, mais ici? Il n'y avait rien: ni danger, ni envie meurtrière, ni aura menaçante. Juste un simple baiser.

Un baiser chaste, simple contact entre deux paires de lèvres, sans artifices ni surenchère. Instant humble qui ne devait combler que sa principale instigatrice, aussi éphémère était-il. Une minuscule, microscopique seconde s'était écoulée, et pourtant, la lamia pensait déjà aux longues minutes fantasmées -et intemporelles-, et qui ne reviendraient jamais autrement que sous la forme de souvenirs gracieux et amers, par le biais de songes à la fois bucoliques et désagréables. Oui, c'était une évidence. Car la réalité, le dur retour à la réalité, lui, ne se faisait jamais, ô grand jamais attendre. Et en ces occasions, il s'arrangeait toujours pour retomber tel un couperet sur le fil des désillusions et des regrets.

C'était fait. Désormais, plus rien ne comptait vraiment à ses yeux. Ni la forte odeur d'alcool, ni la douleur, ni le goût de l'amertume, et encore moins la réaction de l'humain. Transpercée par deux lames finement aiguisées... Coupée en deux... Brulée vive... Démembrée... Brisée en mille morceaux... Ou juste repoussée, que ce soit doucement, ou violemment.. Cela n'avait plus d'importance. Seul importait ce moment improbable, surréaliste, qu'elle était loin d'imaginer lorsqu'elle était entrée dans cette taverne, quelques minutes auparavant.

Pour une fois, le rêve était plus vrai que nature. Mais il ne fallait pas trop en demander, ce dernier n'était sans doute qu'éphémère, qu'une goutte d'eau infime dans le continuum temporel d'une existence.

A moins qu'un dieu miséricordieux ne lui accorde d'avantage de temps au pays des rêves improbables?


Pitié, faîtes que je ne me réveille pas...

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Re: Ombres amères du passé, sang versé du présent

Message  Engar le Mar 29 Jan 2013, 17:33

Mon démon était une mauvaise langue, c’était un fait dont j'avais connaissance depuis longtemps, mais maintenant j’en avais la preuve. La lamia avait écouté l’humain que j’étais… Sans doute cela lui avait-il demandé un effort important au vu des préjugés qu’elle avait sur ceux de ma race, d’autant plus au vu de ce qu’elle devait savoir à mon égard, mais les faits étaient là. Ses pleurs s’étaient taris pour se réduire à des sanglots dont il ne resta rapidement comme seule trace que la mine triste de mon interlocutrice et les légers sillons que les larmes avaient tracés sur ses traits. Ensuite elle parla, certes pour se dévaloriser, mais je ne relevais pas cela, après tout je n’allais pas lui demander d’être tendre avec elle-même alors que pour ma part je ne l’avais nullement était. D’autant plus qu’en dépit de ces quelques mots amers un sourire vint adoucir sa mine, alors que peu après elle reconnaissait la justesse de mes propos.

Cela avait de quoi surprendre à plus d’un titre, tout d’abord de par la hargne qu’elle avait manifesté à l’égard des miens, ensuite parce que j’étais assez peu à l’aise habituellement avec le verbiage, mais surtout parce qu’au travers de ces mots… Elle me pardonnait. En soit cela m’importait peu, après tout je suis le porte haine et en dehors du fait que cela signifiait que j’étais emplis de hargne tout en étant à même de l‘exploiter comme une force, il y était aussi impliqué ma capacité à supporter la rancœur des autres, en particulier quand elle était dirigée contre moi. C’était cela qui me permettait de commettre les pires actes afin que ce qui soit nécessaire soit fait et j’en étais fier.. Car il fallait bien que quelqu’un le fasse, passe pour le monstre aux yeux des autres qu’il sauve, et par conséquent le regard de ces derniers m’importait peu.

Pour autant j’appréciais pourtant la reconnaissance qu’une famille, que j’ai aidée, peut avoir à mon égard, bien que j’aurai pu la briser dans les larmes et le sang sans aucun remords. Je souriais en voyant un enfant manifester sa joie, d’autant plus quand j’en étais le responsable, alors que j’étais également à même de le tuer sans la moindre hésitation. J’assumais mon rôle dans ce qu’il y avait de pire, mais pour autant je ne rejetais pas tout ce qu’il pouvait y avoir de bien et je découvris, en cet instant, que le pardon faisait partie de ces bonnes choses, dont je n’avais cure tant que son absence me nuisait, mais dont la présence me plaisait, sans pour autant que je le cherche à tout prix au détriment de mes objectifs. Je le découvrais tout simplement parce que c’était la première fois qu’il m’était donné… Car c’était ainsi que j’interprétais le comportement de mon interlocutrice.

A vrai dire je l’avais déjà moi-même fait, à l’égard de petites frappes dont la mort, sort que d’autres auraient pu leur donner, ne paraissait pas nécessaire car la leçon que je leur avais donné leur suffisait, ou plus récemment et de manière plus conséquente à l’égard des démons… Bien entendu je gardais une certains défiance à l’égard de cette espèce, parce que l’un d’entre eux m’avait pris une partie de mon âme et abusé de mon aimée, parce qu’un autre, plus récemment, m’avait tué, malgré un motif justifiable, et surtout parce que j’avais vu les pires atrocités qu'ils était à même de commettre. Mais le fait était là que j’avais pardonné à la race elle-même d’exister, car j’avais eu la preuve que certains parmi eux n’étaient pas foncièrement mauvais… Cet acte m’avait amené à changer de voie, de camps, m’opposant à mes congénères aveuglés par des mensonges, et desquels je me dissociais déjà par le passé car j’avais un motif plus consistant que de simples convictions pour ma haine, et me rangeant aux côtés des monstres, à l’égard desquels je n’avais cependant aucune animosité particulière, si on faisait exception des infernaux. Par la même j’avais sans doute modifié le cours de ma vie et j’avais même cru que cela me changerait. Je découvrais ce que c’était que de voir des liens allant au-devant de la simple camaraderie entre frère d’armes, les charmes de la vie en société et j’avais tenté de m’y adapter, me faisant plus doux et acceptant de m’adapter de fait en fonction du jugements des autres à l’égard de ma personne, j’étais même prêt à accepter une punition pour mes actes passées ! Mais rapidement, suite à ma confrontation avec Ferliost précisément, je m’étais rendu compte que je me trompais. En dépit de cette nouvelle vie, qui y paraissait peu associable, je devais demeurer à même de commettre le pire, malgré regard des autres dont je devais me moquer, afin de faire au mieux, du moins dans la voie que j’avais choisis. Je devais être le porte-haine afin de protéger mes valeurs, mais surtout les miens.

Et c’était la première fois que le porte-haine était pardonné… Theorem, Felina, Kumie… Mes amis, ma sœur, mon aimée… Tous m’avaient accepté parmi eux, mais de manière un peu aveugle, ne prenant en compte que ce qu’ils avaient en face d’eux. Même Felina qui avait pourtant été la plus agressive dans un premier temps s’était juste pliée à la décision du donjon de m’accepter, avant que nos liens se fasse rapidement plus tenace. Aucun d’entre eux, avant que nos relations ne se tissent, ne m’avait haï pour quelques raisons que ce soit. Par conséquent aucun ne m’avait jamais pardonné pour ce que j’étais. Pour la lamia, c’était différent… De tout son être, du moins il me l’avait semblé, elle m’avait abhorré, peut-être pour mon passé, sans doute pour le simple motif que j’étais humain. Elle avait éprouvé une hargne à mon égard en tout point similaire à celle que j’avais par le passé et de la même manière que moi elle acceptait de reconnaitre son erreur. Bien sûr je doutais qu’elle pardonne à toute l’humanité, moi-même ne l’avait pas entièrement à l’égard des démons après tout, mais en tout cas elle l’avait fait pour moi, et cela m’amena à lui rendre un sourire doux, mais surtout sincère alors qu'elle me regardait enfin de ses yeux usés par les larmes…

Bien entendu rien ne me disait que ce n’était pas un subtile manœuvre pour me tromper, me faire croire qu’elle n’était plus un danger. Peut-être même toutes ses larmes avaient elles étaient fausses, mais non seulement sa situation délicate et son comportement particulier me faisait douter qu’elle commette pareille chose… Et puis même si j‘étais crédule, je demeurais le porte-haine non ? Et par conséquent je demeurais toujours prêt à agir… Et il était décidément peu crédible qu’elle tente le moindre geste agressif vu ses mouvements quelque peu pathétiques pour tenter de se relever, en vain. Ses efforts étaient louables et admirables, d’autant plus que je me doutais que les morceaux de verre plantés dans sa chair devaient être particulièrement douloureux, mais ils n’empêchaient pas le fait qu’il n’y avait plus qu’une seule solution. Elle finit par l'accepter avec une dignité certaine, prenant suffisamment son temps pour ne pas paraître suppliante et pas assez pour paraître arrogante, avant de me demander enfin de l’aider.

Ma réaction ne se fit dès lorspas attendre, prenant juste le temps de glisser une de mes lames à ma ceinture avant de lui tendre promptement la main, gardant un sourire confiant qui lui était directement adressé, contrastant avec sa mine embarrassée… Il allait lui falloir un peu de temps avant d’admettre qu’il n’y avait aucune honte à être aidée, mais elle était déjà sur la bonne voie pour le comprendre. Elle méritait donc bien que je l’aide de toutes mes forces. Ainsi je tirais autant sur mes bras que je prenais appui sur mes jambes pour parvenir avec l’aide de ses propres efforts, ce qui n’était pas de trop au vu de la masse de sa partie serpentine, à la faire se redresser dans une posture à peu près droite, me remettant moi-même débout dans le même geste. Une fois cela fait je prenais la parole d’une voix un peu enjouée, afin qu’un trait définitif soit tiré sur notre confrontation.

"Aha ! Tu vois que ce n’était pas si terrible ! Au fait tu ne m’as pas répond est ce que tu sais fai…"

Je n’avais pas le temps de conclure ma phrase que la chose la plus improbable se produisit. Non, l’assaut des forces de Naviento ne commençait pas à cet instant précis. Non les gardes du donjon ne sortaient pas de diverses cachettes pour dévoiler que tout cela n’était qu’un canular. Non Shrivei n’arriva pas à ce moment-là pour me rappeler à l’ordre… Et à vrai dire même si tous ces événements s’étaient produits en même temps ça n’aurait pas été aussi peu probable que ce qu’elle venait de faire, ou tout du moins j'y aurai été plus préparé. Mon interlocutrice s’était tout bonnement jetée sur moi, mais pas pour m’agresser, bien que cela aurait peut-être été préférable, parce qu’au moins ce que j’avais failli commettre aurait été justifié et j'aurai su comment y faire face… Elle s’était mue à une vitesse que rien dans son état n’aurait pu laisser présager et par conséquence mes réflexes avaient fait le reste, ma main libre, la droite, se posant sur son épaule afin de la retenir dans son élan et l’arme, que je tenais toujours, pointée de manière à lui transpercer le ventre si elle continuait son mouvement… Mais ma main ne suffit pas pour la retenir ans son élan et heureusement pour elle mes capacités d’épéistes me permiret de retenir de justesse ma lame alors que je me rendais compte de ce qu’elle faisait… Elle était si proche de moi et la situation aurait pu se finir si simplement, la pointe de mon arme effleurait sa peau bleu, peut-être même un peu de sang perlait de cette dernière, mais rien de grave, il m’aurait alors suffit de pousser sur son épaule afin de la transpercer… Mais ce qu’elle venait de faire aussi étonnant, aussi improbable, que cela soit ne méritait pas un pareil sort.

Jamais un baiser ne devait entrainer de pareilles conséquences…

Cette pensée qui traversa mon esprit était un peu hypocrite et je le savais bien, après tout n’avais-je pas été à même de terrasser nombre de succubes alors que les baisers et autres caresses étaient leur spécialité ? Cependant le contexte était différent, tout d’abord je n’étais pas en train de chasser la lamia, avant son acte elle n’avait pas usé de charmes pour me prendre dans ses filets et ce contact était sincère… Autant de choses qui, à une seconde, près, m’empêchèrent de la tuer sur le champ, alors qu’elle aurait pu, au vu de son geste, prendre l’ascendant… Quoiqu’il en soit je relâchais mon arme, afin d’éviter qu’un regrettable incident n'ait lieu, mais également parce que j’étais tétanisé. J’avais toujours été… Maladroit avec les femmes et de fait mes relations avec elles s’étaient jusqu’à peu limité à la camaraderie s’il s’agissait d’une « sœur d’arme » ou à la confrontation s’il s’agissait d’une ennemie, et en particulier d’une démone, auquel cas j’oubliais toute notion de timidité, aidé en cela par ma rage guerrière, afin de les terrasser. Or depuis quelques mois j’avais découvert d’autres facettes de la relation avec les femmes. Tout d‘abord en matière de sentiments amoureux avec les deux relations que j’avais eu avec Amelya, puis Kumie, mais également en matière d’amitié, comme c’était le cas avec Felina, même si avec elle cela allait au-delà de la simple amitié, ou de hiérarchie avec Shrivei… Mais tout cela pour autant, les échanges de mots tendres, les tendres étreintes, les caresses intimes… Tout cela n’avait pas suffi à venir à bout de la gêne que j’éprouvais à l’égard de toutes femme. En vérité ce n’était pas totalement exacte, à l’égard de celle que je connaissais cette gêne était vaincue, mais à chaque fois il s’était s’agit d’un combat long et ardu et que j’avais dû à chaque fois recommencer… Et cette fois ne faisait pas exception, ma raison se déconnectant un instant face à la "menace" et laissant mes instincts aux commandes. Ces derniers profitèrent donc tant que possible de ce contact, des plus agréables physiquement, et relâchèrent un peu la prise que j’avais sur son épaule, la rendant un peu plus tendre… Mais pour autant il était évident que je n’étais pas totalement à l’aise, mes joues étant devenues plus écarlates que si j’étais saoul, et l’alcool que j‘avais déjà absorbé n’aidait pas, et mon autre main était passée derrière moi, s’agrippant fermement au rebord du bar, alors que j'étais quelque peu penchée en arrière.

Ainsi je ne m’opposais pas à elle durant toute la durée du baiser, mais lorsqu’enfin elle le rompit je reprenais le contrôle de mes sens ainsi que de ma pensée… Et bien que le geste pouvait paraître déplacé, je ne pus m’empêcher de reculer d’un pas, me redressant et me collant au bar, tenus désormais par mes deux main. Ce n’était pas un geste de frayeur à son égard ou même de refus, mais… J’étais juste tellement timide qu’un pareil acte, peu importaient les circonstances qui l’accompagnait, m’aurait amené à avoir ce mouvement, mais à vrai dire je devais reconnaître qu’il y avait encore des complications qui s’ajoutaient.

*Ohoho ! Serait-ce une vengeance de ta part à l’égard de Kumie pour ne pas m’avoir assez résistée ? C’est mesquin ! … Mais je te comprends, elle et à croquer cette lamia ! Ceci dit fait attention à ce qu’elle ne fasse pas de même avec toi, j’ai entendu dire qu’à l’image des serpents ceux de cette race mettaient des heures à digérer leurs victimes, ce qui étaient particulièrement douloureux pour eux…*

Les dires de mon démon faisaient partis des soucis les plus moindres, mais paradoxalement ils évoquaient aussi le plus conséquent. Ma fidélité à Kumie… Je l’aimais toujours, je n’avais pas le droit d’accepter cela de la part d’une autre, d’autant plus qu’elle avait déjà dû tant souffrir à cause de l’acte que lui avait infligé le démon et je doutais qu’elle tire tout simplement un trait sur cela, bien que son traumatisme ait été guéri selon Shrivei… Mais je ne pus m’empêcher de demander justement, saurait elle me pardonner cet acte comme la lamia avait pu me pardonner pour ce que j’étais ? Je n’en savais rien et si cette question avait été absente de mon esprit à cause de l’omniprésence de la guerre qui s’annonçait elle me revenait aujourd’hui de plein fouet…

Cependant qu’elle qu’en soit la réponse je savais que j’y ferai face, éprouvant au pire un hargne intense, au mieux une joie ineffable, mais en aucun cas cela ne me détournerait de la voie que j’avais pris, de la voie que j’avais expliqué à la lamia… Et je me rendis alors compte que par conséquent cette dernière en savait peut être plus sur moi que Kumie n’avait pu en voir… Avait voulu en voir plutôt, car j’avais voulu la prévenir, attendre qu’on prenne plus de temps pour se connaitre car elle le regretterait sans doute, n’ayant vu que mon bon côté et elle en avait payé le prix. Peut-être même m’accusait elle entièrement d’en être le responsable alors que je n’avais, en vérité, rien fait ! Alors que la lamia, elle, me connaissait presque mieux, ayant bénéficié de mon côté juste et bienveillant tout en ayant subi mon aspect plus brutal et colérique et surtout, mieux que tout, en l’ayant compris… Pour autant je me rendais compte qu’encore une fois tout se passait trop vite… La mort, le sang, la haine, la violence, la tristesse, tout cela n’était que des outils pour atteindre des objectifs ou des sources de satisfactions pour moi, mais l'amour... Je ne savais pas encore y faire face, c'était un combat dans lequel j'étais un novice. Les battements de cœur que j’éprouvais en cet instant étaient-ils uniquement dû à l’angoisse et à la nature même du contact que nous avions eu ? Ou bien trahissaient ils des sentiments amoureux similaires, ou voir plus honnêtes et intenses, que ceux que j’avais à l’égard de Kumie ? Tout cela était des questions auxquelles je ne pouvais apporter moi-même la réponse… Et par conséquent, alors que mon trouble se traduisait chez moi par un rougissement intense et de légers tremblements tandis que je prenais la parole, parvenant cependant à dominer quelque peu cette dernière, juste un peu plus tenue que d’ordinaire.

"… Pourquoi ? Je ne suis pas un bel homme, tu sais que je suis un individu appréciant me battre, que je peux être violent, que je n’ai pas peur de commettre les pires actes si c‘est nécessaire, que j’abrite un démon capable des pires actes et pire que tout à tes yeux, si je t’ai bien compris, je suis un humain ayant déjà tué des "monstres"… Peut-être même as-tu entendu parler de ce qui est arrivé à mon amante et dont on m’accuse, sans doute sais-tu ce qui est arrivé à la famille de Felina au vu de la réaction que tu as eu en m’apercevant… Et si par conséquent tu dois connaître mon nom, pour ma part j’ignore toujours le tien, comme j’ignore quel est ton passé, comme tu ignores quel est le mien… Alors pourquoi ce baiser? Pourquoi cela se passe aussi vite ?"

Pendant un instant mon regard parcourut la lamia de haut en bas, m’intéressant pour la première fois à son apparence physique, que je devais reconnaître comme étant des plus sensuelles. Je ne savais plus quoi penser, devais je rester fidèle à Kumie au risque d’être à jamais rejeté par elle, me rendant alors compte que pour cette fois le pardon serait une nécessité, ou bien céder aux appâts de cette femme, peut-être plus sincère et aux côtés desquelles je serais peut-être plus heureux ? J’en ignorais la réponse, bien que la plus juste serait sans doute que je demeure aux côtés de Kumie, mas après tout… Je ne faisais pas forcément ce qui était juste, mais ce qui était au mieux et partager ma vie avec la lamia serait sans doute mieux si elle devait me rejeter. Mais dans le fond, la vérité était que l’amour était une telle chose que… J’avais peur, voilà c’était cela, de découvrir la réponse, de crainte que alors que j’ai fait le mauvais choix, que je fasse finalement souffrir ceux autour de moi. Pourtant je ne laissais presque rien paraitre de mon trouble, cela aurait été trop ridicule, alors que j‘avais aidé mon interlocutrice à se relever, à trouver sa voie, ce serait à mon tour de m’effondrer ? Non ! Dans un sursaut de volonté et de combativité je m’y refusais et après un dernier tressaillement je relâchais le bar et croiser les bras, apaisant ma respiration alors que j’attendais avec détermination la réponse de mon interlocutrice, mais précisant tout de même...

"Ne prends pas mal mes questions… Juste… Je suis le "porte-haine". L’amour, à moins que ton baiser soit poussé par autre chose, m’est une chose obscure. Pourtant j’ai aimée par deux fois. Ma première aimée est morte et la seconde, à laquelle je suis toujours attachée, à souffert à cause de ce même démon et j’ignore si ses sentiments sont encore… Réciproques, ou même s’ils ont jamais été sincère, car tout c’est fait trop rapidement justement, elle ne connaissait presque rien de moi et elle ne pas payer, un tribut bien trop lourd, pour lequel elle ne me pardonnera peut être jamais… Mais malgré cela tu dois te douter au vu de mes dires à ton égard, des efforts que j’ai fais pour te consoler, que je ne souhaite nullement que tu souffres… Peut-être même serait ce mieux que j’aime une troisième fois… Mais je ne sais, je n’ai pas la réponse… J’ai toujours fais ce qui me paraissait nécessaire, mais j’ignore aujourd’hui ce qui l’est…"

Rien à faire, malgré ma volonté il avait fallu que je laisse transparaitre quelques émotion et mon trouble au travers de ma voix, c’était ténu mais présent… Je ne pus même pas m’empêcher de baisser le regard un instant afin de regarder une de mes mains main, celle qui avait porté l’anneau de glace que l’elfe des neiges avait formé autour de mon doigt, anneau qui s’était brisé en laissant une marque rouge qui demeurerait probablement à vie et, par moment, me faisait un peu souffrir, avant que mon regard revienne à celui de Serenna, dont les yeux étaient aussi rougies que mes joues… Tout guerrier que j’étais c’était un fait… J’étais plus désarmé que jamais…

Et ce n’était nullement parce que je n’avais pas mes armes en main.
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Engar
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Re: Ombres amères du passé, sang versé du présent

Message  Invité le Jeu 07 Fév 2013, 08:44

Mourir...

C'était stupide, mais cela lui importait peu à présent. Ne pas songer à l'avenir, aussi sombre était-il, était tout à fait son genre même si c'était loin d'être recommandé. Ne vivait-on pas qu'une seule fois? Ne fallait-il pas tenter avant de disparaître, risquer le tout pour le tout? Bien sûr, il y avait le retour à la vie via le rituel magique mais ce n'était pas une excuse à l'imprudence. Inconsciente, elle était juste inconsciente. Elle avait laissé tomber prudence, sécurité personnelle, garde pour ce moment magique, qui à ses yeux valait tout le sang et toutes les entrailles du monde. Mille années de bonheur en quelques secondes, c'était de façon imagée ce qu'elle ressentait, par delà le temps et l'espace. Oui, c'était immature, et oui, c'était digne d'une adolescente découvrant l'amour mais... n'était-elle pas une novice parfaite en la matière? Pire encore.... une novice maladroite?

Jamais elle n'aurait cru vivre cet instant un jour. Toutes les pensées désordonnées qui divaguaient dans sa tête étaient annihilées, détruites, brulées comme pour ne jamais revenir. Craintes, doutes, ressentis, émotions contradictoires... Sur le moment, il n'y avait plus rien. Juste un moment de délicatesse qui ne lui ressemblait, et auquel elle n'était pas habituée. C'était le flou total, c'était comme marcher dans un brouillard épais sans voir où l'on mettait les pieds, sans voir où l'on se dirigeait, sans pouvoir anticiper le moindre danger. Ce n'était pas de la peur. Ce n'était pas de la crainte. C'était le vide. Le vide mental et l'inexpérience complète. Pour combler le tout, heureusement, il restait les sentiments, les émotions: joie. Joie. Joie! Bonheur...

'Tuez moi, je m'en fiche à présent'... Même la mort définitive ne la dérangeait plus. Périr avant même d'avoir pu embrasser cet humain aurait été tellement plus simple, mais aurait-ce été la meilleure des choses? Était-il acceptable de transformer l'amour en haine, même si la ténacité qui en découlait restait inchangée? Non, cela ne l'était pas. Ce n'était en aucun cas acceptable. C'était juste une façon dissimulée de fuir, d'échapper aux réponses inexistantes, d'obtenir une vérité toute fabriquée et toute trouvée. Car il était tellement plus facile de se créer des réponses que de les obtenir soi-même, par ses propres moyens... Engar aurait pu aider la lamia. Il aurait pu, par la même occasion, s'aider aussi, et éviter cet instant troublant qui l'affectait plus que de raison, et qui n'allait que poser d'avantage de problèmes. Tout ce qu'il lui aurait fallut faire, c'était la bruler vive. La décapiter. La perforer de ses lames. Simplement la tuer, sans un mot, avec un regard sombre... Et tout aurait été tellement plus aisé...

La réalité n'était pas aussi simple. Et cette dernière avait esquivé la case 'facilité'.

Désarmé, assaillit alors qu'il avait baissé sa garde, l'humain ne résistait pas. Pire encore, il ne la repoussait pas.

Elle... ne comprenait vraiment pas.

Elle ne comprenait vraiment plus.

Est-ce qu'un Dieu bienveillant... avait écouté sa prière? Elle, qui avait commis autant de crimes et d'actes néfastes dans sa courte vie? Sauf si ce 'Dieu' ne considérait pas les meurtres d'humains comme des crimes, mais au contraire de bonnes choses? Il aurait été plus simple de penser ainsi, mais non, elle.. n'y arrivait pas. Elle ne voulait pas. Non à la réflexion, aux questions rhétoriques, aux doutes et aux approximations supposées. Si une divinité lui offrait un tel moment, quelle qu'elle soit, alors elle devait se contenter d'en profiter en silence, d'en profiter autant que possible, jusqu'à la fin. Vider son esprit, tout oublier, se concentrer sur l'instant présent, et sur tout ce qu'il pouvait représenter. Ce n'était pas un rêve. Pourtant, elle n'aurait jamais cru être aussi heureuse dans cette dure, redoutable réalité. Elle oubliait, elle oubliait tout, l'espace de quelques minutes. Le donjon attaqué, Eckett, les chasseurs, sa tribu, Félina, Shkeil, et tout le reste... Juste.. l'espace d'un instant. Juste s'enfuir l'espace d'un instant, grimper sur l'arbre du bonheur et de la plénitude, arbre sans fin s'échappant par delà les nuages et dont la montée s'annonçait.. infiniment longue...


Douleur.

Douleur...?

Comment.. pouvait-elle.. avoir mal? Dans une situation comme celle-là? Alors qu'elle ressentait pour la première fois toute l'étendue des sentiments qu'elle portait à cet humain, dans une explosion d'émotions trop longtemps refoulées? Sa poitrine... C'était sa poitrine qui se serrait. Son organe vital qui semblait oppressé, comme comprimé par une main invisible, mais non dénuée de force. C'était ridicule, comment pouvait-on avoir mal à cet organe sans que ce dernier soit touché? Blessé? Aucun éclat de verre n'était tout de même entré aussi profondément... Non, c'était autre chose. Ce n'était pas physique, c'était... psychologique. Émotionnel. Quelque chose lui faisait mal, contrastant ainsi avec la joie ressentie, et rétablissant l'équilibre instable de la balance. Pourquoi? pourquoi souffrait-elle alors qu'un de ses rêves se réalisait sous ses yeux? Un de ses fantasmes les plus irréalisables? Le genre de chose qui justement, ne pouvait pas arriver?

La réponse... Il lui fallait une réponse! Elle devait savoir pourquoi elle souffrait de ce si doux contact, si chaud, si agréable, si... si.. grisant.

Grisant.

GRISANT.


Les minutes qui s'étaient écoulées semblèrent des heures à la lamia. Pourtant, même si elle aurait voulu poursuivre indéfiniment ce moment, elle se recula, à un mètre de l'humain, brisant ainsi l'instant tant agréable.. La sensation des lèvres d'Engar sur les siennes étaient encore présentes, vestiges d'un éclat passé de bonheur et de plaisir, qui ne brillerait désormais de toute sa splendeur que dans ses souvenirs et ses rêves.

Est-ce qu'elle était... complètement stupide? Il y avait des limites à la bêtise, elle ne s'en rendait que trop compte. Ce.. ce n'était pas ce qu'elle voulait. Du moins, pas ainsi, pas de façon... Non, ce n'était vraiment pas ce qu'elle voulait. Pourtant, elle l'avait fait, préméditant son geste en quelques secondes, comme dans une 'attaque' de la dernière chance, poussée par ses sentiments. Plus d'instinct animal, plus de raison... C'était autre chose qui avait parlé, prenant le contrôle de son corps pour agir, et accomplir l'improbable, l’inimaginable. Des mois et des mois de questionnement, de doutes, d'appréhensions prenaient ainsi fin de manière brutale, révélant ce qu'elle ne voulait pas révéler. Et pourtant, c'était un passage obligatoire, elle aurait du le faire, tôt ou tard, pour mettre de l'ordre dans son esprit. Si Serenna pouvait bien être courageuse pour combattre un ennemi puissant, elle était lâche dans le domaine des sentiments, monde obscur qu'elle ne maîtrisait d'aucune façon. Vaincue d'avance, elle agissait à chaque fois en perdante, prenant en permanence la porte de l'échec et s'y confortant, se disant à chaque fois 'que la prochaine serait la bonne' mais abandonnant presque immédiatement au round suivant. Elle.. fuyait. Et maintenant, cette fuite était terminée.

Car Engar savait.

Il n'était pas idiot. Ce baiser était tout ce qu'il y avait de plus sincère, de plus bête et de plus improbable. Serenna ne pouvait pas avoir fait cela par jeu, pour s'amuser, et encore moins pour le piéger. En temps normal peut être, la ruse étant une des méthodes premières de la lamia pour vaincre et torturer, manipuler. Elle était peu scrupuleuse, agissant de façon à obtenir le meilleur résultat qu'importait le moyen d'y parvenir... Mais pas ici. Il n'y avait pas d'envie haineuse ou néfaste dans ce geste, il n'y avait que sincérité, honnêteté, et... amour.

Amour... C'était le terme que la lamia avait si souvent entendu pour qualifier une attirance autre que simplement sexuelle.. Est-ce que c'était comme l'attirance reproductive? Celle que ses sœurs désignaient tant de fois de part le passé? Celle qui était dictée par l'instinct, celle qui désignait une personne apte et compatible pour enfanter dans les meilleures conditions? Non, absolument pas. C'était différent, et n'avait rien à voir. Les sensations ressenties n'étaient pas les mêmes. L'instinct naturel ne réagissait pas pareil. Les répercussions physiques étaient différentes. Tout était mental, psychologique, bref, parfaitement illogique. Kaly en parlait, longtemps auparavant. Katina aussi. C'était quelque chose contre lequel personne ne pouvait lutter, et qui pouvait naître n'importe où, à n'importe quel moment, voir dans les plus ridicules situations...

Serenna se souvenait difficilement de la première fois qu'elle avait ressenti quelque chose de similaire.. Elle était une jeune lamia, insouciante.. Mais elle avait grandit. Changé. Elle était portée par la haine et la colère, par la solitude et l'orgueil, cherchant à imposer aux autres sa vision des choses. Les humains qui croisaient sa route suppliaient, ricanaient, et mourraient, aussi atrocement qu'ils étaient ridicules. Sauf un. Sauf Engar.

Le silence qui s'était installé avait quelque chose... d'effrayant. Impossible pour Serenna de regarder son interlocuteur, ses pupilles couleur or étaient dirigées à un tout autre endroit, n'osant pas fixer l'humain face à elles... Qu'est-ce qu'elle pouvait dire à présent? Quelle devait être sa réaction? Agir normalement? Comment diable pouvait-elle en être capable? Après ce qu'elle venait de faire, rester face à lui était déjà un exploit... C'était tout juste si elle se retenait de fuir! Ses bras tremblaient, mais la lamia cacha habilement la chose en les croisant, ce qui aurait pu lui donner un air sérieux... Si bien sûr on pouvait faire l'impasse sur le pourpre qui s'était installé sur ses joues. Chose imperceptible pour l'humain, le cœur emballé de la créature, et sa respiration, troublée cette fois non par ses larmes mais par... la gêne. Horrible, terrible gêne, qui la paralysait, la privant de tout déplacement et de toute parole. Seul le bout de sa queue reptilienne semblait particulièrement actif, s'entortillant sur lui-même de façon erratique, ou bougeant de gauche à droite de façon aléatoire.

C'était tout? Elle ne pouvait vraiment rien faire? Ni dire un mot, ni s'exprimer de façon simple? Dans une telle situation, le silence était loin d'être une bonne chose, mais avait-elle le choix? Son corps n'agissait pas, son esprit semblait comme.. récalcitrant. Il y avait un engrenage quelque part qui coinçait, refusant toute action supplémentaire, toute réflexion. Si l'amour était capable de paralyser un être de façon aussi radicale, alors c'était vraiment terrifiant. C'était pire que tout, plus efficace encore que le plus virulent des poisons. D'autant plus que le sentiment amoureux était malléable à volonté: on pouvait manipuler à loisir n'importe qui, avec les bons mots aux bons moments. C'était vraiment, vraiment effrayant. Et cela semblait aussi l'être pour Engar, vu qu'il s'était reculé contre le bar, dans un geste de retrait qui devait probablement être dicté par la surprise plus que par le dégoût. Du moins la lamia le croyait-elle... L'humain brisa dans le même temps le silence trop pesant, chose qui aurait pu être soulageante si elle n'apportait pas à nouveau plus de complications...

Surprise. Il était surpris, c'était ce qu'il disait. Le contraire aurait été étonnant, il fallait l'avouer... Quelqu'un se ruait sur vous avec des envies apparemment véhémentes et finissait par vous embrasser après une brève altercation et des blessures très inconfortables? Qui aurait pu écrire un aussi improbable scénario? Même les skalds les plus fous ne pouvaient imaginer un tel non-sens, un récit aussi farfelu. Et pourtant, c'était l'exactitude des faits, sans rien omettre. Et l'humain devait composer avec, tout étonnement tenant. L'incompréhension laissait place à des mots idiots, et des phrases qui méritaient réponse immédiate, ce que la lamia aurait fait avec plaisir mal gré sa gêne, si l'humain n'avait pas repris juste après...

...

Elle écarquillait les yeux.

Maintenant, c'était elle qui était surprise.

Aucun doute: il était bien en train de lui dire que... que... qu'il y avait de l'espoir? Avait-elle bien entendu? Ses oreilles ne lui jouaient-elles pas des tours? Est-ce que, par le plus grand des hasard, son cerveau n'avait pas interprété l'information de façon différente, de manière à ce qu'elle convienne à ses désirs? A ce qu'elle rêvait, fantasmait d'entendre? Non, il n'y avait aucune méprise: l'humain laissait bien entendre qu'il pouvait -peut être- la choisir, elle, la lamia, plutôt que son aimée Kumie. Une telle révélation était si retentissante et si inattendue que Serenna en perdit complètement ses moyens, ne pouvant cacher les expressions de son visage... La surprise était parfaitement lisible, et son regard s'était de fait rivé de nouveau sur son interlocuteur. Des dizaines, des centaines de suppositions, de songes, de possibilités, furent alors envisagées, toutes basées sur ce qu'elle venait tout juste d'entendre. Mensonge éventuel, plaisanterie mal placée, hypocrisie, honnêteté, vie en couple, relation parallèle... Serenna imaginait tout à la fois, s'embrouillant l'esprit et l'inondant de pensées toujours plus nombreuses, toujours plus variées, mais toutes toujours tournant autour d'une seule et même personne centrale: Engar.

Se calmer... Elle devait se calmer. Ce sentiment de bonheur naissant ne l'aidait pas! Déjà qu'elle luttait pour ne rien faire d'avantage, voila qu'il lui laissait une porte ouverte? Une issue accessible, même si cette dernière était à juste titre délicate d'accès? Autant embrasser l'humain avait été un rêve jugé inaccessible, autant entendre de telles paroles relevait de l'impossible! A ce rythme, la lamia allait vraiment croire qu'elle était en train de rêver, et qu'à son réveil tout allait disparaître, tout allait être oublié. Comment croire à autre chose? Jamais elle n'aurait imaginé entendre Engar dire cela, jamais. Désarmée, elle l'était autant que lui à présent, et les mots avaient encore plus de mal à venir qu'avant. Pourtant, elle devait répondre, elle était dans l'obligation même d'apporter une réponse, ou tout du moins de s'exprimer... De ne pas laisser de nouveau le silence reprendre place.

Une long moment de surprise, des pupilles dorées perdues dans d'autres, marron clair, le battement infernal de son organe vital, frappant de toutes ses forces et à toute allure... Une légère goutte de sueur. Une queue reptilienne qui s'était figée, comme si le moindre mouvement pouvait causer sa perte, pouvait tout arrêter.. Déglutissant avec difficulté, Serenna quitta enfin son regard, dirigeant le sien vers le sol pierreux, et laissant ses bras chuter en douceur, ballants... Il était temps.


« ... C'est... une plaisanterie..? »

Son regard fuyant faisant tout pour être illisible, mais l'on pouvait y discerner, avec de l'observation, quelque chose de profond... Un ressenti âcre. Amer. Ce qui pouvait contraster avec le calme et la douceur de sa voix.

« Non... Avant ça, je dois... »

Silence... Elle avait du mal, beaucoup de mal à trouver ses mots. On pouvait sentir toute l'hésitation du monde dans ses propos, sentir qu'elle cherchait chaque parole, pour ne pas commettre la moindre erreur. Finalement, elle reprit après ce qui n'était qu'une légère pause, regardant de nouveau Engar, mais... avec un sourire cette fois. Cependant, son regard n'était pas assuré, et il était évident qu'elle n'était pas du tout à l'aise.

« Ce... n'était pas un geste en l'air. J'étais... Non, je suis sérieuse. Même si je ne voulais pas que... cela se passe comme ça. Depuis notre rencontre, je... je ressens une attirance envers toi.. Je pensais que c'était simplement instinctif, comme.. une attirance reproductive mais ce n'est pas ça! C'est différent, radicalement différent. Je ne suis pas expérimentée en la matière, je n'y connais pas grand chose... Et je sais que mon peuple choisissait parfois des humains pour enfanter... Crois moi, ce que je ressens n'a rien à voir. S'il n'y a pas d'autres termes plus fort que celui 'd'amour' pour décrire ce que j'éprouve, alors... il s'agit de cela. »

Ses derniers mots commençaient à voir sa voix trembler, et pourtant, elle ne pouvait... Non, ne devait pas s'arrêter maintenant.

« ... Je suis partie du donjon plusieurs mois plus tôt à cause de.. notre rencontre dans les souterrains. Au lieu de m'achever, de te venger pour ce que j'avais fait, tu m'as délivrée, me laissant le choix de pardonner ou de frapper. J'étais déboussolée, je ne m'y attendais pas.. Et je me suis enfuie. Ce n'est qu'après que je me suis rendue compte de ce que je ressentais, rendue compte que je ne pouvais même plus te regarder de loin sans être perturbée. Alors je suis partie, pendant de nombreux mois, espérant oublier. Mais cela ne servait à rien, tu revenais me hanter chaque nuit, chaque jour, occupant mes pensées comme un spectre du passé qui me rappelait à quel point j'étais faible.. Faible d'avoir choisit la fuite plutôt que le courage, d'avoir choisit la fierté plutôt que les sentiments. J'ai cru pouvoir oublier, plongeant même d'avantage dans la haine de l'humanité, comme si cela allait suffire mais... je suis incapable de te tuer. Non, je suis incapable de te faire du mal.. C'est plutôt paradoxal, non? Je hais les humains, mais je suis amoureuse de l'un d'entre eux... C'est d'une stupidité... »

En plus de sa voix, ses membres tremblaient également. Ses bras, ses mains... Elle avait l'impression de perdre les forces qui lui restaient au fur et à mesure qu'elle parlait, comme si cela drainait son énergie inexorablement. Mais elle n'avait pas terminé. Pas encore...

« ... Je ne sais pas ce qu'il s'est passé entre toi et Kumie... Mais je sais pour Félina. Je n'ai aucun reproche à te faire, tout comme je n'avais pas à t'attaquer... J'étais juste.. désespérée. De ne pas pouvoir l'aider, et de ne pas savoir quoi faire à ton sujet.. Je n'aurais jamais du faire ce... que je viens de faire à l'instant. Mais je l'ai fait... Parce que je suis une créature égoïste et peu scrupuleuse, une créature qui tue et se sers sans regrets des hommes, une créature qui s'est fixé comme objectif de nuire aux humains et de les éradiquer de la surface de ce monde... C'est ce que je suis. Tout ce que je suis. D'après ce que j'ai entendu... Toi et Kumie formez un beau couple... Même si tu l'as blessée, tu n'as pas à douter plus que de raison... Puisque tu ne l'abandonnera pas. Engar, l'humain pour qui j'éprouve ce sentiment si fort, n'est pas ainsi. Si tu te prends pour un 'porte-haine', c'est pour aider les autres, pour les soulager... Car il est plus simple d'avoir quelqu'un à haïr que de rester dans le vague, avec des ressentis grandissants ne trouvant cible... Il est plus aisé d'avoir des réponses... à portée de main, faciles d'accès... »

Le son de morceaux de verre glissant soudainement au sol se firent entendre.. La lamia se déplaçait légèrement, quittant enfin sa position de tétanie pour s'approcher de l'humain, réduisant la maigre distance qui les séparaient à une vingtaine de centimètres.. Mais elle ne s'était pas avancée vers lui, mais en direction éventuelle de la sortie, et son arrêt à hauteur d'Engar semblait aussi court qu'éphémère.. Elle sentait fort l'alcool, à lui en bruler les narines, et le liquide répandu sur son corps plaquaient ses longs cheveux contre sa peau, la rendait plus sensuelle qu'elle ne voulait l'être. L'ombre au tableau, restait ses fines coupures visibles sur tout son être, et qui désormais, n'étaient plus que douleurs lointaines à ses yeux... Elle se rendait compte aussi tardivement de la blessure qu'elle avait au ventre, et du sang qui s'en échappait. Comment avait-elle pu ne pas sentir cela? Comment pouvait-elle ne pas le sentir? Est-ce que ses sensations étaient aussi anesthésiées que cela? Est-ce que les répercussions de son état d'esprit étaient si grandes? La blessure ne semblait pas grave en elle-même, mais elle marquait l'entrée de l'extrémité d'une lame aiguisée, et la perforation qui en avait découlé laissait fuir gouttes sur gouttes l'une après l'autre, sans distinguo aucun. Douleur. Douleurs? Douleurs psychologiques, uniquement.

Ainsi, les choses étaient enfin posées à plat, devant l'humain concerné. Les révélations étaient terminées, elle n'avait plus grand chose à ajouter. Peut être même plus rien. Le moins que l'on pouvait dire, d'ailleurs, c'est qu'elle était vraiment idiote. Se dénigrer ainsi à ses yeux n'était vraiment pas indispensable, d'autant plus qu'elle avait pleuré devant lui de façon particulièrement pitoyable. Elle était même jusqu'à aller lui rappeler qu'il avait déjà une aimée, et qu'il ne pouvait abandonner cette dernière. Déjà pour cause d'amour, mais aussi parce qu'il était trop gentil pour ce faire. Dans ses propos, elle se disait égoïste, mais n'avait-elle pas justement dit le contraire, en l'incitant à rester aux côtés de l'heureuse élue actuelle? Serenna n'avait pas sa place à ses côtés, et avait plus ou moins envisagé le scénario actuel... Les mots étaient sortis plus facilement que prévus, et on sentait que ces derniers avaient étés réfléchis auparavant... De l’honnêteté, mais de la douleur, aussi... Douleur présente à juste titre, puisqu'elle n'avait sans doute jamais rien connu d'aussi douloureux comme instant.

Les yeux toujours rivés vers le sol, elle s'adressa de nouveau à l'humain, reprenant son sourire... Mais un sourire qui montrait mille-et-une souffrance, un sourire narquois qui avait parfaitement sa place sur le visage d'une créature qui se faisait du mal à elle-même...


« C'est... plutôt ironique, n'est-ce pas? La chasse, la traque, les combats... J'ai toujours su faire ces choses difficiles et dangereuses, mais l'amour a toujours été un terrain inconnu à mes yeux.. Un domaine où je n'ai aucune expérience, où je ne sais rien, où je ne sais comment agir... Dans un sens, on peut dire que toi et moi.. On se ressemble. »

Un très léger rire fut audible suite à ces mots, mais c'était un rire moqueur de circonstance, qui était plus destiné au ridicule de sa situation qu'à l'humain en lui-même. La lamia s'était officiellement sacrifiée pour le bonheur d'autrui, laissant passer sous son nez sa chance. Mais les dés étaient pipés, et l'histoire était prévue d'avance par la créature, qui s'était auto-convaincue que la meilleure des choses à faire était celle présente. Elle avait mal, horriblement mal, mais son choix était fait: elle était dans le vrai, et Engar allait probablement acquiescer. Comment pourrait-il aimer une femme-serpent qui vouait une haine sans nom à son espèce? Serenna ne se voyait pas du tout à ses côtés, c'était ... cela ne semblait pas possible. Cela ne semblait pas du tout possible.

Pourtant... Les rêves étaient là. Et eux, aimaient s'amuser à imaginer, le temps d'un sommeil réparateur, ce que serait une vie en compagnie de l'humain, une vie où la lamia aurait quelqu'un à qui offrir un sourire unique, jamais vu jusqu'à lors.

Il lui restait les rêves.

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Re: Ombres amères du passé, sang versé du présent

Message  Engar le Sam 09 Fév 2013, 00:52

.. Je retenais mon souffle en attente de la réponse de la lamia à mes questions, au point que le rouge qui me montait aux joues n’était pas uniquement dû à la gêne mais aussi au fait que j'étais en train de m'étouffer sur place d'angoisse ! Néanmoins cette tension en m’empêchait pas de percevoir la gêne de la lamia, aux joues, pourpres, ce qui était normal quand une peau violacée rougissait je pense, aux gestes stoppées et au regard fixe. Comme moi elle était dans l'attente, la seule différence était que c'était elle même, ses propres mots, qu'elle guettait... Et quant enfin elle les trouva je relâchais ma respiration, assez brusquement, mais tout aussi discrètement afin que cela ne soit pas mal venu... Mais à vrai dire la situation ne s'arrangeait guère puisque ce fut par une autre question qu'elle me répondit. Une question qui m’était qui plus est amer et m'amenait à pousser un second soupir, plus las, alors que son regard se baissait sur la pierre. Une plaisanterie ? Non, jamais je ne me serai permis un telle chose sur un tel sujet et cela rendait quelque part la situation d'autant plu triste, ce qui se passait entre nous était une vérité sans aucune tromperie, forme d'humour, qui aurait pu en atténuer la gravité. C'était un fait que...

*Que tu la désires ? Que tu es prête à abandonner ton aimée pour cette lamia ? Ahaha toi qui te prétend avoir de si noble sentiments tu..."

*LA FERME !*

Il avait tort...C'était juste un fait qu'il était possible que la relation avec Kumie ait été un leurre, toutes nos belles paroles, tout nos gestes futiles n'avaient peut être étaient que des mensonges fait à nous même et je me devais d'apprendre la vérité à ce sujet... Mais... Mais pour autant je ne me permettrais pas de trahir l'elfe de manière mesquine comme le sous-entendait le démon ! Oui je m'interrogeais sur mes sentiments, sur ceux de Kumie, sur ceux de cette lamia , mais pour autant jamais je ne m'abaisserai à ce qu'il sous-entendait. Je me rendis alors compte de deux choses, premièrement que, en dépit de son absence, c'était Kumie qui avait toutes les cartes en main pour résoudre cette situation et secondement... Que mon démon s'était tu... Par là je n'entendais pas qu'il s'était contenté de la fermer juste que... Pour la première fois depuis le pacte passé avec Shiru j'avais été à même de le repousser, de l'enfermer dans un coin de mon esprit, de lui interdire d'interférer avec un pareil moment et ce sans avoir à passer un pacte avec lui comme ça avait été le cas pour ma première nuit passée avec Kumie... Car comme ce soit cet instant ne devait appartenir qu'à moi et à mon interlocutrice... Ainsi le pacte de la démone finalement ne m'empêchait pas de le faire taire. C'était une bonne chose, même s'il était vrai que j'avais été aidé en cela par des sentiments tumultueux, mêlant tendresse et haine...

Je me rendais par ailleurs compte que pendant ce bref instant je m'étais tendu, serrant brusquement les poings. Je me dépêchais de corriger cela pour que mon interlocutrice ne songe pas qu'elle était responsable de cette réaction, ce que je parvenais juste avant qu'elle ne reprenne la parole... Elle était hésitante, et j'aurai pu m'exprimer à ce moment, déjà pour répondre à sa question, mais par respect à son égard je m'en abstenais ,lui laissant le temps dont elle avait besoin pour terrasser ses appréhensions de la même manière que j'étais parvenu à vaincre mon démon. Elle y parvint, après plusieurs balbutiement, redressant la tête pour me fixer et commencer à prononcer ces explication dont j'avais besoin... Dont nous avions besoin.

Elle cherchait encore ses mots, sa phrase était fois hésitante et à plusieurs reprises elle sembla sur le point de s'arrêter avant la conclusion, mais à aucun moment je ne la pressais ou ne chercher à l'influencer. La relation amoureuse me mettait mal à l'aise, mais pour elle c'était une nouvelle lutte, exactement la même chose que sur laquelle je l'avais conseillé peu avant, sauf que contrairement au moment où elle devait se relever il s'agissait d'une chose qu'elle devait mener seule, avec laquelle je n'aurai pas à interféré malgré mon lien étroit avec la situation... Ainsi, malgré ma confusion à l'écoute de ces paroles, qui me dévoilait la créature sous un jour différent, sincère, mais aussi plus douloureux. J'avais dit plus tôt ne rien savoir d'elle, mais elle dévoilait d'elle même un pan du voile...Et je ne pouvais qu'être confus de voir l'espace que j'y occupais. Une simple rencontre, un simple geste animé par un désir de rédemption, avait suffi pour littéralement traumatiser cette créature qui avait vu sa vision des choses changés du tout au tout... Je savais bien à quel point un être pouvait influencer sur l'existence d'autrui, mais je ne m'étais pas attendu à y parvenir de telle manière. Quoi qu'il en soit je parvenais à demeurer stoïque, écoutant sans tressaillir, ou alors de manière inconsciente, les dires de la lamia. Même quand elle s'approcha encore plus de moi je ne réagissais guère, car cela se voyait, à son regard, à son sourire, à son comportement qu'elle avait encore une dernière chose à dire....

L'expression de sa souffrance dans sa plénitude, de notre ressemblance qui l'attirait vers un être qu'elle devrait pourtant haïr plus que toutes autre chose, l'ironie de notre condition, à être à même de faire face aux pires menaces et pourtant d'être si maladroit vis à vis de l'amour. Je ne répondis toujours pas, mon regard se posant sur la plaie de son ventre, saignant doucement, que je lui avais infligé. Puis je repensais à tout. Au blâme qu'elle s'infligeait en reconnaissant ses torts. Sa compréhension quant à la position que j’avais adopté en tant que "porte-haine". Sa souffrance de me voir avec une autre et encore une fois à notre maladresse mutuelle... Et peut être fut ce par cette même maladresse que, alors qu'elle s'avançait à nouveau, mais en direction de la sortie, je lui rattrapais le bras. Elle m’avait répondu au delà de mes espérances ,en tout point, justifiant se sentiments et plus encore, maintenant...C'était à moi de répondre à sa question et je ne la laisserai pas partir avant, je ne la laisserai pas souffrir le doute, car c'était une chose que moi même connaissait bien trop...

"Moi aussi Serenna... Je suis sérieux... Ce que je t'ai dit, ce que j'ai fais... N'est pas une plaisanterie."

Une fois que je fus certain qu'elle se soit arrêté dans son élan je lui relâchais le bras, je saisissais un chiffon imbibé d'alcool, avant de m’accroupir à hauteur de son aine souillé par le sang, que j'épongeais doucement avec le tissu.

"Ce serait mensonge que de dire que vis à vis de toi j'ai ressenti cette attirance dès l suite de notre première rencontre, à vrai dire au vu de ton départ précipité je n'avais même pas songé à prendre des nouvelles d'une créature si haineuse, cela n'aurait attiré que es ennuis et puis... Je suis maladroit après tout non ? Surtout stupide plutôt , car je n'ai pas été à même de te comprendre, ni de me comprendre moi même... Serre les dents"


Une fois que j'eus nettoyé le sang je commençais à bander sa plaie... A genoux à ses côtés cela me rappelait désagréablement ce qui s’était passé quelques jours plus tôt. Ma mort, causé par un démon qui avait profité de ma position, similaire à celle que j’avais présentement...Et la lamia pourrait faire de même, un simple mouvement de sa queue et elle me coincerait entre ses anneaux sans que j'ai d'espoir de m'en sortir, mais j'avais conscience et ce fut sans criante, juste du sérieux, que je pansais sa plaie.

"Mais maintenant... Maintenant je comprends ce que tu ressens, plus peut être que tu ne peux t'en douter. tu ta rappelles dans la salle de torture ? Quand je t'ai dit que j'étais un chasseur de monstres, mais en particulier de démons ? Qu'est ce qui à ton avis m'a amené à changer de bord ? Tout simplement... La bonté et, pour être honnête, l'amour que m'a porté une démone. J'étais blessé, elle me soigna, j'étais seul, elle me donna sa présence et je compris alors quelle était mon erreur que d'haïr tout ceux de sa race, malgré ce que certains d'entre eux avaient pu faire. Pour tout ce que j'avais commis je devais me racheter et je le fis tout d’abord en cessant mon "activité" et en demeurant à ses cotés ,mais... Elle mourut parce que j'ai été incapable de la protéger et je décidais de continuer mon repentir en aidant ses semblables, en me rendant au donjon."

Après avoir passé le chiffon autour de sa taille je m'affairais avec précision sur le noeud, étape qui n'était guère facilité par l'alcool, mais que je faisais avec une délicatesse surprenante.

"Mais à vrai dire... Ce n'était toujours pas la bonne solution... Ce que j'entends par là c'était que pardonner et accepter le premier châtiment venu n’était pas un bonne chose. Oui je m'opposais moi aussi désormais aux miens à cause de leurs actes au jour le jour, mais je me suis également rendu compte que finalement le monde n'était pas blanc et noir. Des mauvais il y en a des deux côtés, il y en a même dans ce donjon même, mais il y a aussi des bonnes gens et par conséquent il faut savoir choisir, se montrer pondérer...Et j'ai su le faire."

Je finissais de la bander, sans avoir subi le moindre tort, puis je lui souris, à la fois amer, mais également fier, puis ma main vint tendrement caresser sa joue.

"Comme toi tu as su le faire... Même si le cas st un peu extrême tu as su pardonner à l'humain que j'étais son affiliation à sa race, comme j'avais su pardonner à Amelyah d'être une démone... Mais pour autant n'abandonne pas ta haine, e serait te dénaturer. Oui pour la plupart des personnes elle est aveuglante, mais pour des gens comme nous qui avons su dépasser cela elle est une force. Ne commet pas la même erreur que moi... D'accord ?"

Je relâchais alors son visage pour lâcher dans un soupir, m'exprimer m'était clairement moins douloureux que pour elle, tout simplement parce que pour moi ce n’était plus une prise de conscience, mais pour autant... Cela continuait à m'être difficile et il me fallait des efforts pour parvenir au bout, pour finir de m'expliquer, pour qu'elle comprenne.

"Parce que j'ai fais une confiance aveugle au donjon, mon démon a été libéré, prenant le contrôle de mon corps lors d'une période de crise qu'il y a eu pendant ton absence pour abusée de mon aimée, lui infliger la pire chose qui soit. Maintenant cette même chose à laquelle j'avais fais aveuglément conscience me blâme pour cela alors qu'elle en est la seule coupable... Et Kumie... Kumie qui m’avait donné une preuve de son amour, qui s'est de lui même brisé, m'en tiendra sans doute également pour responsable alors que je l’avais prévenu... Est ce qu'on infligerait cela à celui qu'on aime ? De le blâmer pour un chose qu'il n'a pas commis et qui lui est déjà assez horrible."

J'eus alors un léger sourire amer alors qu'à nouveau mon poing se serrer sans que je parvienne à totalement le contrôler, perturber par une hargne mêlée de tristesse.

"Mais pourrait elle, elle, pardonner à celui qui lui a infligé cela, même si en vérité c'est un autre qui s'est servi de son corps pour commettre cela ? Je l'ignore, mais la réponse me parviendra bien assez tôt. "

Ma tristesse sembla alors disparaître brusquement, mon regard se fixant dans le sien avec une certaine détermination et mon sourire se faisant quelque peu confiant.

"Mais quoi qu'il en soit comme je te l'ai dit une guerre va avoir lieu. Une guerre à laquelle je participerait et où je n'aurai pas le choix du camp, puisque je ne peux partir et qu'un des deux camps, celui de Naviento, me tuerait forcément si je tentais de les rejoindre... Alors je vais me battre au côté du donjon, mais je veux que tu saches une chose... Ce n'est pas pour cette édifice et ses habitants que je vais lutter et tuer, car ils m'ont causé bien trop de torts et dans le fond je ne leur dois rien. Par conséquent c'est pour moi que je vais me battre... Mais aussi pour Kumie, pour Felina..."

Et une nouvelle fois je me rapprochais, d'elle, de manière un peu brusque, mais afin de parvenir à la prendre dans mes bras, l'enlaçant avec une tendresse. Je ne m'avançais pas trop pour ne pas lui donner d'illusion mais je désirai lui faire comprendre une chose..

"Et pour toi... Pour tout ceux... Enfin toutes celles vu la situations... Qui m'ont réellement donnés un but, à savoir tout faire pour les rendre heureux, peu importe la relation que j'ai avec eux... Amante, soeur, ou encore lien encore indéfinissable..."

Je serrais encore un peu mon étreinte, puis déposa chastement un léger baiser sur son front sans pour autant la relâcher, quelque peu amusé par ma propre audace, mais également par ce qu'elle pouvait bien penser de moi. Néanmoins je ne tardais pas à redevenir sérieux, prenant ensuite une voix plus grave.

"Mais je vais être honnête Serenna... Naviento t'offre bien plus de choses que ce donjon ne te donnera jamais quant à ta quête d'extermination des miens et... Si... Si jamais tu devais changer de bord, sache que je ne te blâmerai pas, mais j'aurai une demande..."

Je savais qu'au vu de ce qui venait de se dire entre nous c’était sans doute déplacée, mais j’étais après tout un individu abrupte qui n'hésitait pas à mettre au clair chaque détail, même si cela était mal venu...

"Il ne s'agira pas de m'épargner... Si j'ai une chance de m'en tirer crois moi je la prendrai. Non... Je te demanderai juste de t'assurer que tout aille bien pour Felina, peu importe son choix... Elle... Elle est encore quelque part une enfant, et j'ai besoin de savoir que quelqu'un la guidera si je devais ne plus être là. Acceptes tu cette tâche ?"

J'avais conscience d'évoquer le pire, mais c'était une réalité, et pas uniquement de par la guerre qui s'annonçait. Le procès qui m'attendait, la haine des monstres, la douleur de Felina...Tant de choses qui risquait de me séparer d'elle...Et la seule chose qui pourrait apporter un peu de tranquillité à mon esprit dans ce cas là serait que quelqu'un prenne la relève et, de par nos ressemblance qu'elle avait elle même évoquée et de sa relation avec Felina, Serenna serait parfaite pour cela, même si bien évidemment l'idéal serait que nous tenions tout deux, en plus de Shkeil, à ses côtés et par conséquent...

"Ah et j’ai une autre demande... Je vais pas toujours pouvoir garder un oeil sur toi, en particulier dans les heures qui vont suivre alors... Promet moi que tu prendras soin de toi même. Je serai un peu plus tranquille... Même s'il devait s’avérer que je ne pourrai jamais te rendre tes tendres sentiments je ne désire pas que tu souffres. Au contraire je veux que tu sois heureuse...Et de tout mon coeur j'agirai pour que tu le sois..."
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Re: Ombres amères du passé, sang versé du présent

Message  Invité le Lun 11 Fév 2013, 05:35

Est-ce qu'elle avait encore quelque chose à faire en ces lieux? Est-ce qu'elle avait encore quelque chose à dire? La lamia paraissait calme, sereine mal gré une tristesse apparente, mal gré un sourire présent, mais en réalité, la confusion s'était de nouveau installée. Ce qu'elle devait faire, ne pas faire, comment se comporter avec l'humain sur le moment ou à l'avenir... Renoncer ne suffisait pas, encore fallait-il trouver la force de surmonter cela! Mais pourquoi se faire d'avantage de mal? Autant y réfléchir plus tard, bien plus tard, seule dans un endroit calme et loin d'Engar, même si œuvrer ainsi était similaire à une fuite. Serenna se voilait la face, et le pire, c'est qu'elle s'en rendait compte. Et cela l'agaçait encore plus.

S'enfuir... Ne l'avait-elle déjà pas suffisamment fait? C'était particulièrement rude pour sa fierté, alors pourquoi s'infliger encore plus de douleur? Pourquoi encore et toujours se faire plus de mal? Le tout, pour, paradoxalement, chercher à avoir moins mal? C'était d'un non sens parfait, c'était... de la lâcheté. Rien ne pouvait aussi bien décrire cela, ce mot résumant et expliquant tout. Le courage d'aller au bout de ses convictions les plus nihilistes, mais la peur, la crainte d'un simple sentiment comme l'amour? C'était ridicule. Mais...

Mais l'amour n'était pas simple. C'était un sentiment tout ce qu'il y avait de complexe, et qui pouvait causer d'immenses peines en peu d'efforts. Colère, tristesse, haine, joie... L'amour avait tendance à prendre n'importe quelle forme, en fonction des situations rencontrées... Parfois, il poussait à l'erreur, d'autres fois, il amenait aux bons choix. Serenna n'avait aucun choix pour sa part, uniquement des réponses toutes trouvées. Des réponses qu'elle estimait ne pouvoir changer, car à ses yeux rien ne permettait de telles choses. Oui, Engar l'humain était déjà pris. Et oui, elle abandonnait avant même de se battre, sans chercher à ruser le moins du monde. C'était loin de lui ressembler, et ce n'était pas du tout son genre.. Mais était-elle véritablement dans son état normal? Ne se montrait-elle pas, depuis de longues minutes déjà, sous un tout autre jour? Loin de la lamia froide, arrogante et pernicieuse? Beaucoup de paramètres étaient entrés en ligne de compte, et au final, que restait-il? Des sentiments variés, des ressentis mélangés, un esprit confus... Des choix, des réponses, des... des non-sens...

Tout n'était que fuite. Mais au moins avait-elle avancé, ses sentiments étant dévoilés au premier concerné... A moins que les choses n'allaient qu'empirer? Comment savoir? Comment prévoir? La lamia ne voulait vraiment, vraiment pas rester dans cette taverne à ne plus savoir quoi dire ni quoi faire. Elle préférait partir, laissant les choses telles qu'elles étaient, privilégiant un départ rapide et sans fioritures. Mais à sa grande surprise, l'humain lui agrippa le bras, l'empêchant d'aller plus loin. Il la... retenait? Pourquoi? Pourquoi la retenir, elle, la créature haineuse qui ne voulait que du mal vis à vis de son espèce? Avait-il quelque chose à dire? A confesser? A moins que par le plus grand des miracles, il n'avoue laisser tomber son aimée actuelle pour...

Non, c'était stupide. Cela ne se pouvait pas.

C'était impossible.

Ses paroles suivantes plongèrent la lamia dans le plus profond des doutes... Sérieux? Comment cela il était sérieux? Elle avait du mal à comprendre sur l'instant, n'arrivant pas à remettre ses paroles dans leur contexte. La suite la paralysa instantanément, alors que l'humain s'accroupissait devant elle pour... éponger sa blessure au ventre. Et reprendre aussitôt, avouant qu'il n'avait pas ressenti le moindre 'amour' lors de leur première rencontre.. C'était vrai: comment pouvait-on aimer quelqu'un aussi simplement et aussi rapidement, surtout dans des circonstances aussi troubles, aussi désagréables? Seule une lamia un peu folle pouvait en être capable, mais sans doute pas un humain, et encore moins un humain comme le 'porte-haine'. Mais sa 'maladresse' comme il l’appelait... Ce n'était pas de la maladresse: comment aurait-il pu s’apercevoir de quoi que ce soit? Elle avait tout fait pour cacher ce qu'elle ressentait, n'avait strictement rien montré, et plus encore: elle ne comprenait pas encore à l'époque la véritable nature de ses sentiments. Il ne pouvait pas deviner ce qu'elle ne savait pas, ne connaissait pas.

Un bandage...

Les mots lui manquaient. Elle ne savait toujours pas quoi dire, quoi répondre, mais fort heureusement, l'humain reprit la parole, pour le meilleur, mais aussi un peu pour le pire.

Passive. Sans voix. Ce que l'humain disait était... C'était un récit sur lui, sur sa propre vie. Son passé. Ce qu'il était, ce qu'il avait fait, ce qu'il devenait. Mais aussi ses craintes, ses rencontres, ses peines, ses amours, ses souffrances, ses ambitions, ses espoirs... Par le fait, Engar était différent de la lamia: il avait pardonné, il avait changé. Serenna, elle, s'était perdue dans une rancœur infinie, une vendetta sanglante qui ne trouverait fin uniquement qu'à sa mort.. Personne ne lui avait dit à présent que c'était bien, ou mal.. Et de toute façon, c'était sans doute trop tard: elle avait vécu au jour le jour avec cette hargne, ce rejet de l'espèce humaine. Comme une marque apposée à vie sur sa peau, c'était quelque chose dont elle ne pouvait plus s'écarter désormais, du moins pas par elle-même. La force de passer à autre matière, la force de se détourner de la dernière chose qui lui restait. Non, seule, elle n'y arriverait pas.

Le bandage terminé, la lamia fermait les yeux en buvant toujours les paroles de l'humain... Est-ce qu'elle devait continuer à écouter? Ce n'était pas comme si elle pouvait ignorer ses mots, de toute évidence mais.. elle avait du mal à se concentrer sur ce qu'il disait. Tout simplement parce qu'elle se rendait peu à peu compte que l'humain s'était trompé. Ce qu'il disait ne semblait pas seulement propre à sa personne, mais aussi à ce qu'il espérait: que la lamia pense comme lui, change à son tour, qu'elle sache choisir et se montre conciliante. Mais...

Mais...

Mais plus il parlait... Et plus la culpabilité et le doute s’immisçaient dans l'esprit de la lamia. A aucun moment, en réalité, elle n'avait pardonné à Engar le fait d'être humain. Ce dernier se trompait, Serenna n'avait pas fait le moindre choix! En fait, elle ne savait toujours pas comment faire vis à vis de l'humain, surtout en ce qui concernait le futur. Parler de pardon était vraiment extrême, et la seule raison pour laquelle elle n'était pas agressive à son égard, était les sentiments qu'elle éprouvait envers lui. La seule raison pour laquelle elle ne pouvait lui faire de mal, le tuer, était ce fichu amour mal placé qui s'était installé au mauvais moment au mauvais endroit...

La suite de la discussion fut d'avantage de confusion pour la lamia, qui faisait de son mieux pour ne pas montrer son trouble intérieur, même si son regard parfois vague pouvait montrer à quel point elle se torturait l'esprit. Une caresse sur son visage la ramenait cependant à la réalité, tandis d'autres paroles lui firent lâcher prise aussitôt... Ne pas renier sa haine des humains, mais pardonner? En temps normal, la chose aurait pu lui paraître simple mais.. Sur l'instant, elle avait du mal à suivre. De plus, Engar attendait d'elle qu'elle ne commette pas la même erreur que lui et pourtant... Elle était bien partie pour le faire, n'ayant pas du tout pardonné à qui que ce soit...

Aucun mot ne sortait, la paralysie étant plus que parfaite, aussi bien physique que mentale. Ses battements cardiaques allaient en augmentant, alors qu'elle réfléchissait à ses dires, à ce qu'elle devait faire... Mais aucune réponse ne venait, et elle restait là, rivée vers la sortie, emprunte d'un soupçon de culpabilité et de doute qu'Engar n'avait visiblement pas remarqué... Ou alors, il l'ignorait, pensant peut être que c'était temporaire, et qu'il était normal qu'elle soit un peu 'ailleurs' après tout ce qu'elle avait exprimé en seulement quelques minutes, entre pleurs et joies, tristesses et désillusions.. Certes, il y avait un peu de cela, mais... il n'y avait pas que cela. Il y avait beaucoup de facteurs, de paramètres à prendre en compte... Trop, en réalité, et Serenna commençait à se dire que c'était trop, pour elle.

L'humain n'avait pas terminé, cependant. Il reprenait de plus belle, appuyant cette fois ce qu'il s'était passé entre Kumie et lui, targuant notamment avoir fait -ou plutôt son démon- quelque chose d'horrible.. A l'entendre, la lamia avait une petite idée de ce que cela pouvait être, mais elle n'osait guère y penser. Pas parce que le 'fond' la dérangeait, mais plutôt la 'forme'. Penser ainsi était plutôt horrible, irrespectueux, mais... ne brillait-elle pas par son égo-centrisme? En quoi imaginer Engar et son aimée ensemble était agréable? Non, décidément, elle ne pouvait pas, elle ne voulait pas. Non... Non! Ne pas penser à cela... ne pas penser de telles choses! Chasser cela de son esprit, l'effacer! Ne pas y penser!!


* N'est-ce pas une bonne chose? *

Honte. Honte de penser à une telle abomination. Mais le terme 'abomination' était-il valable pour tout le monde? Pour Engar ou pour Kumie, la réponse était évidente, elle ne se posait même pas! Mais... Mais... Pour Serenna...

* Cela peut me profiter. *

Non. Non. Non! Hors de question. Silence!

Confusion... Elle était perdue. Et les gouttes de sueur qui perlaient le long de son visage montraient clairement la chose. Ses pensées de plus en plus contradictoires et de plus en plus véhémentes recommençaient à faire surface, venant frapper de plein fouet sa raison, et ses sentiments. Le résultat était particulièrement atroce, et Serenna avait l'impression de se battre contre elle-même, sans pour autant chercher à accorder une quelconque victoire à qui que ce soit. Ses pensées bouleversées, chaotiques, allaient et venaient, alors que les solutions, elles, n'arrivaient pas. La guerre, expliquée par l'humain, était alors le cadet de ses soucis, la confusion l'emportant sur le reste. Que faire? Comment faire? Comment agir? Elle ne savait pas! Elle ne savait pas du tout!

Je suis désolée, Engar... Je suis complètement perdue. Si tu pouvais lire mes pensées, tu n'y comprendrais pas grand chose, tant moi-même je ne sais pas comment mettre de l'ordre dans mon esprit. Après tout ce qu'il s'est passé, je suis désolée, je crois que j'arrive à saturation.. Trop de choses auxquelles réfléchir, trop d'inconnues, de zones brouillées.. Trop de choix à faire, alors que jamais je n'ai été douée pour ces derniers. Je suis incapable d'avancer sur l'instant, surtout sur un sentier aux multiples embranchements qui me paraissent tous flous... Perdue, je suis perdue. Mais je fais de mon mieux pour ne rien montrer, luttant contre mes expressions physiques, mes sentiments et mes ressentis... Déjà pour ne pas t'inquiéter, toi, Engar... Mais aussi pour garder le peu de fierté qui me reste, celle qui me permettra de te tourner le dos sans à nouveau verser de larmes...

La guerre... Naviento... Le donjon Kanabo...

...

Chaleur.

La sensation d'être enlacée par quelqu'un. Quelque chose qu'elle n'avait que trop rarement ressenti, d'autant qu'ici il n'y avait rien de maternel, de familial. L'humain l'enlaçait, mais cependant... Serenna ne ressentait pas cette fameuse joie, cette euphorie qu'elle avait, précédemment... Bien sûr, s'il avait fait cela plus tôt, elle aurait été heureuse, appréciant l'instant dans toute sa pureté, dans tout ce qu'il avait d'agréable... Mais là... Ce geste était douloureux. Comme un marteau qui enfonçait d'avantage le clou dans le bois, alors que ce dernier ne pouvait de toute façon plus bouger.. Comme le couteau retourné dans la plaie, cherchant plus à faire souffrir longuement qu'à abréger les souffrances.. L'humain ne le faisait pas exprès, à ses yeux cela devait être une façon supplémentaire de la réconforter, de la calmer... De faire en sorte qu'elle ne parte pas avant d'avoir entendu ce qu'il avait à dire. Mais elle n'y pouvait rien: c'était douloureux. C'était ainsi.

Il n'était pas à blâmer. Il n'y avait personne à blâmer, à part elle-même. Elle était la seule fautive, la seule par qui tout n'allait pas. C'était elle l'intruse, qui avait surgit dans cette taverne en brisant tout, se ruant comme une furie sur lui. C'était elle l'opportuniste qui œuvrait par surprise, accomplissant de secrètes envies mal gré lui, alors qu'il n'éprouvait probablement pas la même chose. C'était elle qui se laissait aller, se donnant en spectacle sous ses yeux incrédules, alors qu'il avait probablement tout autre chose à penser.. Elle était celle qui n'avait pas sa place, qui était de trop dans l'équation, qui apparaissait au moment le plus problématique, surtout au vue de ce qu'il s'était passé entre Engar et Kumie... Oui, elle était de trop.

Lien indéfinissable. Une étreinte qui se resserrait. Un baiser...

Sur le moment, elle aurait presque voulu le frapper. Ne se rendait-il pas compte qu'il tournait, retournait l'épée dans la blessure? Ne pouvait-il pas simplement la laisser partir, au lieu de chercher à la réconforter, de vouloir la protéger ou de lui faire promettre mille et une choses? Bien entendu, il partait d'un bon sentiment, lui, le porte-haine mais... C'était juste plus, encore plus, toujours plus de douleur. Impossible de le deviner pour sa part, il ne pouvait lire dans les pensées mais... Les faits étaient là. Et même si ce moment présent était synonyme de peine, d'incompréhension mutuelle et de sentiments malmenés, la lamia ne lui en voulait pas. Elle ne lui en voulait pas parce qu'il ne pensait pas à mal, d'aucune façon que ce soit. Tant de choses dites, tant de sentiments exprimés, et au final, des propos lancés, des demandes, des... promesses...


« Je ... »

Je suis désolée.

Je suis désolée Engar... Mais je ne peux rien te promettre. Je ne sais même pas ce que je dois faire en l'instant présent, je suis plus perdue que jamais. Tu m'as aidée en me soutenant dans ce moment délicat de mon existence, alors que je me lamentais sur mes propres faiblesses, mais à présent les choses sont encore plus compliquées.. Si seulement tu t'étais contenté de me tuer, purement, simplement... Transformer cet amour étrange en haine tenace, entière, complète... J'aurai tellement moins souffert, j'aurai eu des réponses faciles et simples.. Mais maintenant? Je suis perdue. Perdue. Ma raison contredit mon instinct, mon instinct contredit mes sentiments, mes sentiments contredisent le tout. Je suis confuse, je ne sais comment agir, quelle priorité établir, quel acte accomplir. Tout se mélange dans mon esprit, dans un tumulte de complexité informe et chaotique. Trop de choses à penser à la fois, et j'en viens à saturation, alors que je dois aussi dans le même temps, contenir mes sentiments, contrôler mes expressions, retenir mon corps voulant agir de lui même...

Je suis désolée Engar... Tu me vois comme quelqu'un qui a passé outre sa haine. Comme quelqu'un qui a pardonné. Mais ce n'est pas le cas. Si Félina est encore une enfant, qu'est-ce que je suis? Moi qui la respecte telle une grande sœur? Tu te trompe Engar. Tu me surestime. Je ne suis pas comme tu le pense, je suis loin de l'être. Je ne l'avouerai jamais, pas même à moi-même, mais je suis loin d'être mature, loin d'être une 'adulte' digne de ce nom. Trop, tu m'en demande beaucoup trop. C'est plus moi qui ai besoin d'un guide, de quelqu'un pour me montrer la voie... Ce que je vais faire, ce que je vais choisir, ce que je vais oublier...

Je suis désolée...


--------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
...
Un fracas de bois et de métal était audible, ces derniers frappant le sol pierreux avec une force certaine.. Les torches accrochées aux murs étaient arrachées, une par une, avec leur support de fer, avant d'être projetées au sol avec hargne et véhémence. Les flammes qui s'éteignaient petit à petit plongeait le couloir dans l'obscurité, alors que persistait au travers de cette dernière un essoufflement caractéristique, menaçant. Des pupilles dorées brillaient par moments, le temps seulement de croiser la lueur d'une torche encore allumée, avant bien sûr que celle-ci ne soit éteinte et ne rencontre le sol avec force. Le silence des déplacements de la créature contrastait avec le bruit causé par ses destructions gratuites.

La respiration rapide, le cœur battant, la prédatrice présente s'acharnait sur un énième élément décoratif et lumineux, l'éclatant au sol sans la moindre once de réflexion. Nervosité, agacement, contrariété... Ce n'était pas de la haine. Ce n'était pas de la colère. Il n'y avait rien de justifié. Elle était juste d'une humeur noire, noire comme la nuit, noire comme les ténèbres. Comme lorsqu'elle avait croisé Engar pour la première fois depuis longtemps, elle laissait sortir sa hargne, même s'il y avait une différence notable ici présente: ce n'était pas brusque. Ce n'était pas soudain. Ce n'était pas justifié. Tout ce qu'elle voulait, c'était... briser ce qu'elle trouvait sur son chemin. Tout ce qu'elle trouvait sur son chemin. Laisser son corps agir pour elle, laisser son esprit réagir en fonction des éléments, des êtres rencontrés.

Son départ de la taverne avait été tout sauf concerté. Ses hésitations, ses doutes, sa culpabilité... Ces mots qui ne voulaient pas sortir, qui ne voulaient quitter ses lèvres.. Devant cette montagne d'obstacles, devant sa perdition, son incompréhension certaine, elle avait choisit de partir. Ce n'était pas une simple fuite motivée par la lâcheté, c'était une fuite motivée par la confusion: elle n'avait pas su quoi répondre, ni quoi choisir... Elle avait souffert, alors que la proximité avec l'humain n'avait jamais été aussi grande. Alors que ses sentiments n'avaient jamais étés autant exprimés. Sans savoir quoi ajouter, sans savoir quoi faire, elle s'était frayé un passage vers la sortie, quittant les lieux avec un regard flou, emplit de mélancolie et de culpabilité. Sa queue reptilienne avait forcé le passage, écartant ce qu'il restait de débris sur sa route, repoussant par ailleurs Engar qui l'étreignait depuis de longues minutes, le tout sans lui laisser le choix.

L'espace d'un moment, seulement, elle s'était arrêtée à l'entrée de la taverne pendant quelques secondes, comme si elle essayait de se retenir, ou comme si elle voulait lui dire quelque chose avant de partir. Ses lèvres s'étaient entrouvertes, comme si un mot furtif cherchait à s'échapper, mais au final, pas un son ne fut audible. Et c'était le visage baissé, presque sombre, que Serenna avait quitté les lieux. Sans une parole supplémentaire. Sans avoir promis quoi que ce soit. Sans avoir répondu au moindre de ses dires. Sans même avoir pu lui jeter un dernier regard, pour simplement éviter d'être de nouveau prise au piège de ses pupilles marrons, d'être de nouveau prise au piège de ses sentiments. Ses déplacements avaient ensuite étés rapides, suffisamment pour faire en sorte que l'humain ne la suive pas, ne la poursuive pas.

Elle n'avait rien dit parce qu'elle ne savait justement pas quoi dire. Elle n'avait rien dit parce qu'elle était justement perdue. Elle n'avait rien dit parce qu'elle souffrait, simplement.

Trop d'émotions en si peu de temps... Elle en avait presque mal à la tête. Mal au cœur. Une sorte de malaise qui prenait forme à juste titre, lui rappelant qu'elle était un être vivant, et qu'elle ne devait pas jouer avec ses sentiments. Félina, Engar, Shkeil, la guerre, le donjon, les humains, Naviento, l'amour, la haine, Sélèna, et toutes ces choses encore qui allaient et venaient, aussi importantes que futiles... Il y avait de quoi perdre l'esprit, de quoi ne plus savoir où donner de la tête. Toutes ses pensées positives comme négatives, contradictoires, ses ressentis, ses erreurs passées, ses souffrances, ses craintes... Ce qu'elle n'aurait pas voulu faire et ce qu'elle avait fait, ce qu'elle aurait voulu faire mais n'avait pas fait... Tout cela, toutes ses choses, avaient menées à son état d'esprit du moment. Celui où elle se traitait d'imbécile, celui où, pour ne plus avoir à penser, elle se contentait d'arracher et de détruire ce qu'il lui passait sous la main, le tout en avançant au grès des couloirs pierreux du donjon.

Elle se voilait la face, et ne le savait que trop bien.

Elle fuyait, et ne le savait que trop bien.

Elle n'avait fait aucun choix, et ne le savait que trop bien.

Elle était lâche, et ne le savait que trop bien.

Elle était... une imbécile. Et cela aussi, elle ne le savait... que trop bien.


Son errance ne devait pas avoir de limites. Son humeur sombre ne semblait pas avoir de fin. Un but, quelque chose à suivre, à faire... C'était tout ce qu'elle désirait, et c'était ce qu'elle allait trouver. Sans le savoir, elle allait exaucer la prière de l'humain, alors que plusieurs longues heures après leur rencontre, elle tombait sur des gardes blessés se plaignant de leur équipement endommagé.. Plus ou moins calmée, Serenna fit alors un choix rapide et étrange, trouvant quelque chose à faire pour, pensait-elle, être utile lors de cette bataille qui empirait contre les forces de Naviento. Ses blessures plus ou moins cicatrisées -ce grâce à l'alcool qui avait recouvert son corps tantôt-, elle s'était ainsi mise en tête d'aller chercher de l'équipement aux sous-sols, dans la salle de torture pour les combattants. Après tout, si le donjon tombait, Félina n'aurait plus aucun endroit où rester, et cela, c'était hors de question.

Agir ainsi ne lui ressemblait pas, surtout pour une égoïste dans son genre mais... Il fallait vraiment qu'elle fasse quelque chose. Ne serait-ce pour oublier ce qu'elle avait vécu ces dernières heures, même si c'était temporaire. Même si c'était un artifice.

C'était stupide. C'était vraiment stupide.


Spoiler:
[Hrp: Et c'est ainsi que Serenna quitta ce sujet pour partir vers de nouvelles aventures o/

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Re: Ombres amères du passé, sang versé du présent

Message  Engar le Mer 13 Fév 2013, 23:37

... Ce qu'il advint par la suite fut des plus brusques. La lamia me repoussa violemment avant de quitter la taverne, de la même manière qu'elle était partie de la salle de torture, voici déjà plusieurs mois.Et comme par le passé je m’efforçais de ne pas être percuté par les divers projectiles qui fusèrent derrière son sillage. Les seules différences étaient le lieu, le motif du départ de la créature ...Et le fait que je m'y étais attendu. Bien sûr il aurait été logique que je sois surpris par une pareille réaction alors que mes gestes, mes paroles visant à la réconforter... Mais je savais qu'elle était perturbé par tout ce qui se passait, au moins autant que moi et peut être plus, sauf que moi j’avais fais face, affrontant ces sentiments tumultueux même si je ne les connaissais pas, alors qu'elle les fuyait. Bien sur j’étais quelque peu déçu par une telle réaction. oh pas que j’étais lésé dans des sentiments amoureux, cela aurait été des plus malvenus, plutôt en fiat parce qu'en fuyant ainsi elle allait totalement à l'encontre de ce que je lui avais dit tout à l'heure, à l’encontre de la leçon que je lui avais donné. pour autant je ne la blâmais pas totalement... Au moins l'avait elle écouté et était elle parvenue à luter un certain temps, malgré l'angoisse omniprésente qu’elle éprouvait... C'était correct e à vrai dire je ne désespérais pas. Selon toute vraisemblance c'était une bonne élève,il allait juste falloir lui laisser un peu de temps et, finalement, ce n’était pas plus mal... Ça me laissait le temps de clarifier la situation avec Kumie, ce procès, mais surtout, ça m’empêcherait d'être perturbé plus longtemps par cela et de me dédier entièrement à la guerre qui s'annonçait.

Cependant avec tout cela je n’avais pas appris si elle savait faire des poisons et de toute façon c'était trop tard, tout comme il était trop tard pour que j'apprenne son nom... Mais cela n’était au final qu'une question de temps, qui ne me ferait pas défaut pour cela, alors qu'au contraire il jouait contre moi dans le plan que j'avais en tête et qui plus est le dégâts qu’avais causé Serenna dans son départ ne m'arrangeait pas la tâche. Mais à vrai dire imbiber la salle, ainsi que celles de la plupart des autres tavernes, d'alcool n’était pas quelque chose de compliqué... Ce le fut plus de mettre en place des torches qui tomberaient au sol une fois le pas de la porte à nouveau franchie, sans m'embraser moi même, mais ce n'était pas la première foi que je mettais en place pareil piège, et je parvenais finalement à mettre en place ce petit système devant la porte de la majorité des tavernes. Les autres s'embraseraient quand même... Ainsi si les forces de Naviento escomptait se rafraîchir au milieu de l'assaut ,ce serait tout le contraire qui leur arriverait ! Ce petite paradoxe m'amusait grandement alors que je donnais la dernière touche à ce piège. Bien sûr ce dernier était imparfait, si parmi eux il y avait un stratège un peu finaud ils se douteraient de ce qui se passerait, ce qui serait surprenant au vu de ce que j'ai pu lire du rapport que m’avait donné Shrivei, mais surtout tout serait gâchés'il s'avérait qu'un des habitants du donjon décidait finalement de se rendre ici avant que sonne l'assaut, chose peu probablement cependant car cela m'étonnerait que les assaillants attendent bien longtemps.

Cependant malgré le fait que le temps jouait contre moi je m'appliquais sur les dernières touches de mon oeuvre... Un pentacle...Car une chose me frustrait grandement dans ma stratégie. Les démons, dans leurs grandes majorités, étaient immunisés aux flammes et donc sortirait indemne de ma manœuvre, si elle marchait. Par conséquent j'avais décidé de leur faire une surprise, spécialement dédiée à eux...Ce symbole cabalistique qui les tiendrait confiné dans ses limites aussi longtemps que l'alcool le composant se consumerait, et grâce à m a connaissance de ces genre de breuvages, je m’étais assuré que ceux formant ce symbole brûleraient aussi longtemps que possible...

Non sans prendre soin de m'offrir à moi aussi un petit cadeau, alors que je rejoignais l’entrée où allait probablement avoir lieu les premiers affrontements... Il s'agissait d'une bouteille dont le whisky était autrement meilleur que la vinasse que j'avais bu en parlant à la lamia, peut être s'agissait il d'un bon présage... Même si en vérité je ne me faisais pas d’illusion que ce serait seulement par mes actes et ceux des autres habitants que nous vaincrions, en luttant...Sans jamais fuir...

Spoiler:
Voila je me devais aussi de conclure, même de manière assez brève afin de faire le lien avec le rp de l'assaut ^^
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